Solenn Bihan est Facilitatrice graphique (dessin en direct avec des groupes) et formatrice au sein de la coopérative de communication « On est bien là ».
Dans le cadre de sa participation au programme « Sciences pour Toutes et Tous » coordonné par Ombelliscience, Solenn Bihan a été interviewée par l’association le 27 juin au sujet de sa démarche et son cheminement pour aller vers davantage d’inclusion dans ses pratiques professionnelles.
Candice Gaudefroy (CG) pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?
Solenn Bihan : Mon activité est de traduire ce que les gens disent en dessin, c’est utilisé comme pratique d’intelligence collective pour faire en sorte que les propos de chacun puissent être retranscrit visuellement avec la même légitimité et importance, et fournir un compte rendu visuel simple et accessible pour des gens qui ne seraient pas à l’aise avec le français ou l’écrit. Le lien avec la culture scientifique est que j’interviens beaucoup sur des projets de médiation/vulgarisation scientifique. Par exemple, pour des chercheur·ses qui doivent communiquer avec leurs pairs : un schéma visuel (synthèse) pour illustrer un article scientifique ou un projet de recherche pour la Fête de la science, je réalise chaque année un reportage dessiné pour faire un compte rendu visuel des ateliers proposés pour le public.
CG : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?
SB : Pour moi, l’inclusion c’est avant tout le contraire de l’exclusion ! Je suis révoltée de voir que l’on puisse exclure des gens de la connaissance pour le simple fait, qu’à un moment donné, ils n’ont pas forcément fait d’études, maitrisent difficilement le vocabulaire… Ils ont tout à fait le moyen de comprendre et ils en ont besoin.
J’avais une mère universitaire (qui avait fait des études) et un père autodidacte. J’ai toujours trouvé scandaleux que mon père soit méprisé et mis de côté socialement alors qu’il avait tout à fait les moyens de poser des bonnes questions et de donner son avis.
CG : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?
SB : Je suis un peu partagée sur cette question. Aujourd’hui on dit beaucoup que les sciences véhiculent des préjugés, par exemple, il a été prouvé que les problèmes cardiaques des femmes étaient moins pris en compte par les médecins car souvent ramenés au facteur psychologique. Je pense pour une part que les sciences sont faites par des humains participant aux biais de la société, et d’un autre côté que la démarche scientifique est naturellement inclusive car elle essaie de traquer ces préjugés et biais pour les déconstruire. Elle s’intéresse à tout. Sur l’aspect du vivant par exemple elle s’intéresse à toutes les espèces en général. Il n’y a pas de hiérarchie entre quelqu’un qui va travailler sur les plantes et insectes, et quelqu’un qui va travailler sur les êtres humains. Tout comme il n’y a pas de hiérarchie entre les hommes et les femmes, les humains et les autres êtres vivants.
CG : Au sein de votre structure, quel a été le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ? Et que vous a apporté le programme "Science pour toutes et tous" ?
SB : Le premier est un projet qui s’inscrit dans le cadre de « Sciences pour Toutes et Tous ». À titre d’expérimentation, l’idée est de créer un outil visuel (un imagier) sur la santé mentale pour les médiateurs à la frontière, tels que les interprètes sur la Côte d’Opale (Calais, Dunkerque, Grand Synthe...). Ces personnes font partie d’associations accueillant les nouveaux migrants (eux-mêmes anciens migrants), ils.elles essaient de leur faciliter les démarches (administratives ou autre), l’accès à des ressources pratiques et au droit.
La difficulté, c’est que les traumatismes et les problèmes de santé mentale constatés chez certains migrants complexifiaient l’accompagnement : il y avait un manque de formation et d’outils pour aborder la question de l’urgence psychologique. Des psychologues, professionnels et enseignants-chercheurs de l’Université de Lille ont ainsi créé des contenus à partir de leurs connaissances scientifiques sur la santé mentale. Et mon rôle est de traduire cela en cartes, en imagier, pour co-construire et tester un outil avec les médiateurs en partenariat la PSM (Plateforme des Soutiens aux Migrants).
Le deuxième pas, c’est la formation-certification « Facile à lire et à comprendre » que j’ai suivie. C’est une façon de rédiger, d’illustrer et de mettre en page des documents écrits pour des personnes ayant une déficience intellectuelle en les faisant tester par les personnes concernées. J’ai fait, par exemple, des schémas d’illustration pour le livret d’accueil d’une clinique.
CG : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme « Science pour toutes et tous » ? SB : Ça m’a apporté deux choses. La première, c’est de me sentir légitime pour parler d’inclusion. Mais aussi pour oser exiger d’utiliser une démarche de co-construction. Sur le projet de l’imagier, la demande de départ qui m’avait été faite était d’illustrer et mettre en page les contenus rédigés par le groupe de travail de l’Université de Lille, pour être ensuite utilisés par les médiateurs. C’est moi qui ai insisté pour entrer dans ce programme et pouvoir dire « voilà comment j’envisage personnellement de co-construire avec les médiateurs ».
Sur la démarche, cela m’a permis d’oser affirmer ma façon d’être inclusive, parce que j’ai été formée et parce que je fais partie d’un réseau. Et enfin, lors du dernier regroupement, on avait un temps d’échange sur nos problématiques spécifiques de terrain. J’ai posé un problème, me tracassait, et 3 personnes ont échangé avec moi, m’ont aidé à prendre du recul et à trouver une solution. L’échange avec les autres permet vraiment de prendre du recul et trouver des solutions auxquelles je n’aurai pas pensé.
CG : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment… À votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?
SB : Sur le début du programme, je trouvais que l’on était beaucoup entre nous, et peut-être pas assez ouverts à des acteurs venant du social et de proximité sur l’inclusion. Mais en fait sur la dernière année ce point a bien évolué, ça a été entendu et résolu.
Sinon, qu’il y ait davantage de temps d’échange lors des regroupements, un équilibre à trouver par rapport aux intervenants extérieurs et ateliers. Ces temps pratiques vont enrichir ma culture et me donner des outils, mais concrètement ce qui va m’aider à développer sur le terrain, c’est parler avec d’autres gens du groupe. C’est une question d’équilibre, c’est assez subtil, mais ce que je veux dire c’est de privilégier les temps d’échange lorsque l’on se regroupe et les apprentissages avec les intervenants extérieurs un peu plus en distanciel.
CG : Un point à ajouter ?
SB : Le fait que l’on capitalise tout ce que l’on a fait sous forme d’un livrable. À ce point, je trouve que pour acculturer d’autres personnes de ma coopérative à ce projet-là, je manque de supports et d’outils de livrables vulgarisés/d’un niveau plus simple. Sans outils concrets, j’ai du mal à partager au-delà de mes collègues. Cela nous permettrait au contraire d’être des « ambassadeurs » de l’inclusion auprès des autres collègues et partenaires.
Photo © Maroussia Gitel
Publié le 01 octobre 2025

Camille Cardona est Chargée des publics et de la programmation, à la mission Pays d’art et d’histoire Santerre Haute Somme, au sein du Pôle d'Equilibre Territorial et Rural du Cœur des Hauts-de-France.
Dans le cadre de sa participation au programme "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonné par Ombelliscience,
Camille Cardona a été interviewée par l’association le 4 juillet au sujet de sa démarche et son cheminement pour aller vers davantage d’inclusion dans ses pratiques professionnelles.
Candice Gaudefroy (CG) pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?
Camille Cardona (CC) : Le PETR Cœur des Hauts-de-France est une structure administrative qui travaille pour les 3 Communautés de communes de l’est de la Somme, à savoir Terre de Picardie, Haute-Somme et Est Somme, pour un total de 144 communes. On est un territoire rural, très grand. La mission Pays d’art et d’histoire est un label national donné par le ministère de la culture. Le PETR a candidaté à ce label en 2021, et l’a obtenu. L’enjeu du label est de mettre en place des actions de médiation, envers les publics, pour le Pays d’art et d’histoire. La cible principale étant le public habitant actuellement. Pour nous, dans la mise en valeur du patrimoine, il y a plusieurs thématiques. L’histoire forcément, mais aussi le patrimoine industriel avec notamment les vestiges d’usines qui ont été reconstruites après la 1ère guerre, dont celle très connue de l’usine Saint-Louis Sucre (classée monument historique il y a quelques années). Mais aussi tout ce qui est de l’ordre des énergies renouvelables (avec les actions de médiation sur l’éolien, très présent sur notre territoire), ainsi que tout ce qui est de l’ordre de l’agriculture (par exemple le patrimoine paysager, en lien avec les sols, la biologie, la Somme qui traverse notre territoire,…). Ce sont des thématiques que l’on a pu mettre en valeur par le passé.
CG : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?
CC : Pour moi, c’est essayer de réfléchir et faire en sorte que ces projets puissent s’adresser à un nombre important de publics, et très diversifiés. Et aussi de modifier notre façon de penser dans les institutions culturelles, de créer des choses avec et pour le public, et d’essayer de modifier notre manière de travailler pour rendre nos structures culturelles plus ouvertes.
CG : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?
CC : Je pense que les sciences peuvent être naturellement inclusives, c’est plus l’accès aux sciences et le système mis en place (plutôt scolaire), qui eux sont excluants. C’est la manière d’apporter les connaissances qui elle, est excluante, et qui est à modifier pour rendre les sciences plus inclusives.
CG : Au sein de votre structure, quel a été le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?
CC : Déjà faire partie de la formation. Pour ma part, SPTT depuis 2 ans, ça été de questionner mes pratiques, se former également sur les diverses questions à l’inclusion et elles sont vraiment multiples. On ne se rend pas forcément compte de tout ce qui peut être mis sous le mot « inclusion ». Ensuite, c’est d’en parler avec ses collègues de travail, de mettre en place des formations. C’est ce qu’on a fait avec Marie et Arnaud l’hiver dernier avec les journées de formation. C’est aussi d’essayer de faire des tests sur des sujets. Nous, ce qu’on a essayé de mettre en place, c’est une navette culturelle l’année dernière. On a mis ensuite ce projet en partenariat avec le centre social de Ham, notamment pour les Journées européennes du patrimoine l’an dernier, lors de la soirée d’inauguration que l’on a chaque année. Leur accompagnatrice est venue avec leur minibus et les personnes bénéficiaires du centre social. Cette année, la démarche mise en place a porté sur l’enquête scientifique menée par l’Agence Phare, sur la trame de Clémence Perronnet. On s’est tournés vers le Centre social de Ham, et on a pu mener un entretien de groupe sur la base de la trame qui avait été fournie. Il nous a donné des premières réflexions, qui ont été transmises à Clémence Perronnet pour avoir l’analyse (en septembre). Pour nous ce qui va être important, c’est de continuer dans cette réflexion sur tout ce qui est de l’ordre de la navette culturelle et de la mobilité. Notre territoire est très large, il y a beaucoup de freins liés soit à la mobilité (manque de moyens de transports), ou soit psychologiques (déplacements trop longs pour certains publics selon les distances). On va continuer notre travail avec le Centre social de Ham, et aussi entamer une réflexion avec la MEEF (ancienne Mission locale) qui se pose également ces questions sur la mobilité. Dans l’idée de proposer des activités culturelles et scientifiques sur le territoire, et voir ce qui peut fonctionner en termes de mobilité pour que ces publics viennent à nous, et faire bouger à l’intérieur du territoire du Pays d’art et d’histoire.
CG : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme "Science pour toutes et tous" ?
CC : Il y avait une super dynamique de groupe. Le fait d’être plusieurs, de pouvoir partager nos points de vue et nos difficultés face à la question, ça change tout. C’était vraiment agréable d’avoir ces moments d’échange, de voir qu’on n’est pas seul à se poser certaines questions, et de comprendre, au fil de l’avancée de nos projets, ce qui peut bloquer ou au contraire faire avancer.Ça permettait de confronter nos idées, de discuter de situations concrètes, et de s’enrichir mutuellement avec des bonnes pratiques et des points de vue différents. Il y a eu plein d’échanges très riches, on ne peut qu’avancer dans notre réflexion après ça. Et puis, il y avait aussi tout le contenu des journées de formation, surtout grâce aux intervenants. Là encore, les échanges étaient super intéressants. On a rencontré des personnes qu’on n’aurait jamais croisées autrement, et ça a vraiment apporté quelque chose en plus.
CG : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment… À votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?
CC : Je pense que j’aurai préféré faire l’étude et l’entretien plus en amont, pour avoir un premier constat. Et après, c’est plus difficile car notre territoire est très large, mais en faire plus d’un serait mieux. En tout cas, c’est quelque chose que j’ai envie de continuer à faire, d’essayer de mettre en place des entretiens.
Publié le 22 juillet 2025

Ombelliscience coordonne depuis 2023 la formation-action "Sciences pour toutes et tous en Hauts-de-France" (SPTT), avec le soutien de la DRAC et de la Région Hauts-de-France. Des formations, échanges et rencontres au sujet de l’inclusion en médiation scientifique continuent de se mettre en place.
Les 8 juillet à Villeneuve-d’Ascq et 10 juillet à Amiens, Héléna Salazar et Solenn Bihan ont animé la formation "La facilitation graphique au service de l’inclusion" pour les participant·es du programme SPTT. Les 20 personnes présentes se sont d’abord initiées aux techniques d'écriture mais aussi de dessins afin de se constituer une petite bibliothèque avec une dizaine de pictogrammes de base facilement et rapidement mobilisables pour débuter.
Pour réussir sa facilitation graphique, de nombreux outils et conseils ont été listés et prodigués pour les participant·es dont le filtrage primordial des informations, la spatialisation et la hiérarchisation des idées en utilisant des connecteurs, des cadres, des ombrages et des couleurs, l’importance d’illustrer sa création avec des personnages simples (représentés par des formes géométriques) exprimant des émotions.
Les professionnel·les en formation ont enfin été invités à mettre en pratique les éléments fraîchement enseignés en réalisant des affiches "canevas" (= template) qui permettent de faciliter et d’animer des temps d’échanges collectifs avec des participant·es de tous horizons. Le template est un outil d’animation visuel sous forme d’affiche pré-dessinée composée de “zones” à remplir par les participant·es et qui permet dans l’idéal de faire émerger et de recueillir les idées de toutes et tous. Pour cet exercice, les formatrices leur ont proposé de travailler en petits groupes à partir de 2 cas concrets : le Centre Historique Minier et le dispositif "l'art d'accéder à l'emploi" et l’organisation d’un focus group (entretien collectif) avec des personnes exclues des sciences par l’association À petits PAS. Chaque groupe a ensuite présenté son template aux autres groupes en donnant les consignes pour le remplir comme si ils·elles étaient en situation réelle face à un public. De belles productions ont été créées !
Rendez-vous en octobre en visio pour le dernier temps de cette formation qui permettra de faire le point sur les réalisations concrètes mises en œuvre par chacun·e !
Le congrès de l’AMCSTI, temps fort du réseau national de culture scientifique, technique et industriel (CSTI), s’est tenu à Orléans du 30 juin au 2 juillet sur le thème "Cultiver la curiosité, façonner les futurs".
460 participant·es venu·es de toute la France se sont retrouvés pour trois jours de conférences, d’ateliers, de parcours thématiques, de discussions inspirantes et de soirées conviviales.
De multiples fois lors de ce congrès, la question de l’inclusion a été au centre des échanges et Ombelliscience est intervenue à plusieurs reprises pour parler de ce sujet, du programme SPTT et également du programme de mentorat sur l’inclusion porté par l’Amcsti. + d’infos
Inscription avant le 5 septembre 2025 via ce formulaire.
Pourquoi certaines personnes ne viennent pas dans un musée de sciences, ou dans une activité scientifique ? Que font-elles de leur temps libre ? Quel est leur rapport aux sciences ? Quelle offre de culture scientifique les intéresserait ?
Ces questions ont guidé l'enquête sur les publics non fréquentant des lieux et actions de CSTI, développée dans le cadre de SPTT en 2025.
Pilotée par Ombelliscience, cette enquête a bénéficié de l'expertise de Clémence Perronnet et Paul Neybourger, sociologues de l'Agence Phare, qui en présenteront les principaux résultats. Elle a également compté sur l'implication active de 5 professionnelles participantes du programme Sciences Pour Toutes et Tous, qui ont été à la rencontre d'habitant·es du territoire, fréquentant des lieux socio-culturels, notamment dans des zones rurales.
2ème RDV inclusion Graineterie, date reportée, sera communiquée prochainement (réservé aux salarié·es de la Graineterie)
4ème regroupement régional les 24 & 25 novembre (réservé aux participant.es SPTT)
Il·elles participent au programme SPTT et développent des actions pour aller vers davantage d’inclusion dans leurs pratiques professionnelles. Ombelliscience les a interviewé·es au sujet de leur démarche et leur cheminement.
Découvrez leurs témoignages :
Publié le 17 juillet 2025



