Pauline Pecquet est chargée de projets à l’association A Petits pas située à Ruisseauville (62). Dans le cadre de sa participation à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" coordonnée par Ombelliscience, Pauline Pecquet a été interviewée par Ombelliscience le 13 octobre au sujet de son cheminement vers plus d’inclusion dans ses pratiques professionnelles.
Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?
Pauline Pecquet : A Petits Pas est une association d’éducation populaire de bientôt 30 ans implantée en milieu rural. Nous faisons de multiples activités : sensibilisation à l’environnement, tourisme, culture, aide à la création d’activité et entreprenariat. La première salariée est arrivée en 1999 et aujourd’hui nous sommes une vingtaine de salarié·es et l’association a une deuxième antenne à Sains du Nord (59). Dans le cadre de ses activités d’éducation à l’environnement, A Petits Pas réalise des animations, ateliers, formations auprès de tous publics. La plupart du temps, il y a un lien avec la transition écologique et nous essayons de transmettre des connaissances liées aux sciences actuelles pour informer sur l’état de l’environnement. Depuis 4 ans, nous organisons aussi des conférences avec des scientifiques qui viennent une journée ou plusieurs jours présenter leurs recherches auprès de cours moyens, de collégiens et lycéens ainsi que du grand public. L’objectif est de démocratiser les sciences et de montrer qu’elles sont accessibles à toutes et tous.
ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?
PP : L’inclusion c’est ce qu’on souhaiterait atteindre.
« C’est l’idée que, quelle que soit l’activité, on soit ouvert à tout le monde et qu’il y ait une mixité des publics : être autant ouvert à des publics porteurs de handicaps qu’à la différence en termes de genre ou d’origine. C’est faire en sorte que les publics, quels qu’ils soient, se disent que la porte est ouverte et que cette association leur permet de faire des activités.»
ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?
PP : Non. Les sciences, comme bcp de milieux, sont très genrés. Aux yeux du grand public, il y a l’idée qu’à la base ce sont les hommes qui font des sciences… Quand on parle de sciences on imagine un homme avec la blouse blanche, même si on s’aperçoit qu’il y avait des petites mains derrière eux : des femmes. Il y a une exclusion par l’Histoire. Cela n’est pas dû aux sciences en tant que telles, mais au monde en général et à notre société. Et sur les autres exclusions [sociales, ethno-raciales], je pense que ce sont les mêmes clichés qui persistent. Après, ça change : les sciences tendent à devenir plus inclusives. C’est la société qui a besoin de progresser sur plein de sujets dont les sciences.
ML : Au sein de votre structure, quel a été le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?
PP : Depuis sa création, à l’association A Petits Pas c’était un souhait d’être inclusif. Par exemple, dans le bâtiment on a fait des travaux et créé une extension pour l’accessibilité. Et sur les questions de genre et d’origine, ça fait partie du cœur de métier et des statuts de l’association d’inclure les publics exclus socialement dans les actions menées. Il y a ainsi eu des « camps chantiers » pour fabriquer le préau ou le four à pain, avec une mixité de personnes qui y ont participé. Et puis, une fois que la culture a fait partie de nos activités, nous avons favorisé l’ouverture sur l’autre, sur le monde… L’autre cheminement s’est fait avec « Sciences pour toutes et tous ». Comme on est une association d’éducation populaire, on a envie de faire « avec » le public… Mais notre mode de financement par subventions nous entrave dans la capacité à associer les publics à la construction des projets. Avec SPTT, ça nous a permis de le faire à nouveau et de nous demander comment les réimpliquer ? Comment mieux communiquer avec eux ? Car on peut toujours s’améliorer dans nos manières de faire.
ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme "Science pour toutes et tous" ?
PP : La formation SPTT nous a permis de nous demander où on en était sur l’inclusion. Ça nous a permis de remettre les choses à plat, d’être mieux éclairés sur les questions d’exclusion et de nous poser sur cette question en étant accompagnés pour le faire.
Grâce à SPTT, nous avons fait un diagnostic de nos actions et nous avons été outillés pour avancer. Je me suis servie des outils d’animation de réunion, des idées de brise-glace mais aussi de la méthode d’analyse de projet « Kadeïloscope » pour analyser la façon dont on fait les choses et voir où on peut les améliorer. Et même pour nous, pour transmettre en équipe ensuite, c’est utile ! On a maintenant une belle mallette d’outils et d’échanges d’expériences dont s’inspirer : le témoignage de Christelle Sohier des Pas Sans Nous a résonné avec des projets que j’aie pu mettre en place mais qui n’étaient pas adaptés aux habitant·es. Celui de la Caravane des Médias était aussi riche en ce qu’il a montré comment réajuster un projet en cours de route. Dans SPTT, il y a eu beaucoup d’échanges avec les structures participantes : le réseau de professionnelles créé autour de l’inclusion a été un outil.
Ça a permis de demander aux autres : « j’ai cette problématique, que feriez-vous à ma place ? » ou de rencontrer des gens avec lesquels on ne travaillait pas avant. Ça génère des envies, des idées de sorties culturelles pour les publics et ça donne vraiment une impulsion. Ce sont des échanges hyper riches !
ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment… À votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?
PP : C’est déjà très complet. Les déroulés de journées, les timings que vous avez tenus : tout ça était fluide, tout était bien ficelé et ça a permis de donner la parole à toutes et tous. Vous avez utilisé des outils de gestion de prise de parole qui ont fait que l’inclusion on la ressentait aussi dans l’animation de la formation. Ça c’est plutôt fort de votre part d’arriver à ça.Et le fait que l’équipe salariée d’Ombelliscience fasse aussi la formation et soit impliquée en bonne partie, c’était bien : vous appreniez en même temps que nous. Ce qu’on pourrait améliorer, c’est être plus tôt dans l’action : impliquer les publics exclus des sciences dès le début, à notre échelle à nous, et pouvoir le prévoir en avance. Dire dès la 1ère année « vous allez rencontrer des publics exclus ». Réfléchir à la manière d’outiller les structures dès le début pour identifier leurs publics exclus et les inciter à travailler avec. Ça permettrait d’avancer plus loin en trois ans. Enfin, moi, personnellement, j’aurais aimé avoir du temps pour me replonger dans les ressources que vous avez données et les outils que vous avez proposés.
© Clément Foucard
Publié le 05 décembre 2025

Martin Verhoeven est chargé de mission éducation et écocitoyenneté au sein du Parc naturel régional des Caps et Marais d’Opale et du Geopark Transmanche (62). En tant que participant à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, il a été interviewé le 24 octobre. Il raconte son cheminement pour être plus inclusif dans sa manière de travailler et de partager les sciences.
Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?
Martin Verhoeven : Je suis chargé de mission éducation et écocitoyenneté à la fois pour le Parc Naturel Régional (PNR) des Caps et Marais d’Opale et pour le projet Géopark Transmanche.Le Parc Naturel Régional c’est un territoire doté d’un patrimoine naturel, culturel et paysager remarquable qui est mis en valeur à travers une mission de médiation. La protection de ces patrimoines implique d’aborder les enjeux liés au vivant, au bâti, au climat, à la géodiversité… nous travaillons avec des techniciens, des scientifiques et avons une mission de vulgarisation de ce qu’ils produisent comme connaissances. Le PNR coordonne également des actions avec les partenaires locaux ayant des missions de médiation sur ces enjeux patrimoniaux : les collectivités, les associations locales, les guides indépendants…
ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?
MV : C’est beaucoup plus large que ce que j’imaginais au départ. C’est de permettre à n’importe quelle personne d’accéder à la connaissance, lui permettre de se sentir légitime d’accéder à ce que nous proposons. J’ai toujours travaillé avec des publics assez variés : personnes porteuses de handicaps, autistes, personnes à mobilité réduite, en rupture sociale… J’avais donc déjà mis en place des actions de sensibilisation à ce niveau-là. Grâce à la formation SPTT, j’ai pu prendre du recul et réaliser qu’il existait encore d’autres publics exclus auxquels nous ne pensions pas forcément. Lorsqu’on s’interroge vraiment sur qui sont les personnes mises à l’écart, on se rend compte qu’elles sont bien plus nombreuses qu’on ne l’imagine ! Cela demande du temps et une vraie prise de distance pour en avoir conscience.
« L’inclusion, c’est un peu comme une petite lumière qu’il faut penser à rallumer chaque jour dans nos projets : si on ne l’active pas régulièrement, elle finit par s’éteindre. »
Cela ne signifie pas qu’il n’y avait rien avant la formation SPTT. Depuis plus de quarante ans, le PNR porte déjà cette attention à l’inclusion. La formation a simplement permis d’aller plus loin et de renforcer cette dynamique.
ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?
MV : Je pense que les thématiques scientifiques, en elles-mêmes, le sont. C’est à nous, médiateurs, de les rendre accessibles à tous.
« Le véritable obstacle vient de l’histoire : les savoirs scientifiques ont longtemps été placés sur un piédestal. Beaucoup de personnes ne se sentent donc pas légitimes à entrer dans un musée ou à participer à une action de médiation. Pourtant, le problème ne vient pas du contenu, je le constate avec la géologie, qui peut passionner même les tout-petits, mais plutôt de la manière dont la science a été présentée au fil du temps : comme un domaine réservé à quelques initiés. »
Cette vision persiste encore aujourd’hui et rend parfois difficile le travail d’ouverture et de démocratisation que nous essayons de mener.
ML : Au sein de votre structure, quel a été le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?
MV : Avant tout, nous avons engagé un travail en amont des projets de médiation car l’objectif est d’intégrer la question de l’inclusion dès la conception des actions. J’ai la chance d’occuper une mission support, celle de l’éducation, ce qui me permet de collaborer avec l’ensemble des autres missions du Parc naturel régional. Cela offre l’occasion d’échanger avec mes collègues sur différents points de vigilance : qui sont les publics concernés ? Quels freins peuvent-ils rencontrer ? La communication est-elle claire et accessible ? Comment sera-t-elle diffusée ? Sur le terrain, nous avons mené un important travail sur l’exposition consacrée à la découverte du patrimoine géologique du Géopark Transmanche. Nous avons interrogé les visiteurs pour savoir si les supports proposés leur semblaient réellement inclusifs et adaptés à différents publics afin de préparer une nouvelle version itinérante.
ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme "Science pour toutes et tous" ?
MV : Cet accompagnement m’a permis de prendre du recul et de mieux cerner un sujet que je ne maîtrisais pas complètement. L’inclusion reste, je pense, encore peu abordée dans les formations à la médiation scientifique. La formation SPTT a apporté un vrai cadre de réflexion, tout en offrant la possibilité de rencontrer d’autres professionnels et d’échanger autour de ces enjeux. J’ai aussi réalisé que de nombreuses structures s’interrogent sur ces questions : nous ne sommes pas seuls à avancer sur ces sujets, et c’est très enrichissant. Ce qui m’a particulièrement marquée, ce sont les mises en situation, comme le théâtre forum ou le débat mouvant.Ces exercices complètent très bien les rencontres avec des personnes directement concernées par l’exclusion, par exemple avec l’association « Pas sans nous ». Parmi les outils proposés, Kadeiloscope m’a semblé particulièrement intéressant, car il est facile à réutiliser avec mes collègues et à adapter selon les projets. Ce qui fait la richesse de la formation, c’est l’articulation entre l’approche scientifique de l’inclusion et les témoignages de terrain de publics concernés par les exclusions. Ces échanges m’ont inspiré dans mes propres activités : j’ai eu l’occasion de travailler avec des publics éloignés, et les réflexions issues de la formation m’ont beaucoup aidé. Ces expériences montrent qu’il existe une réelle envie d’ouverture, mais qu’une préparation importante en amont, avec toute l’équipe pédagogique, est nécessaire pour que ces moments soient pleinement réussis.
ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment… À votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?
MV : Avec le recul, je pense que je n’ai pas pu m’impliquer autant que je l’aurais souhaité, car nous étions déjà très sollicités sur d’autres projets. Cette formation demandait du temps pour être pleinement investie. Si j’avais pu l’anticiper, j’aurais mieux intégré ce travail dans mon emploi du temps et dégagé des moments dédiés pour collaborer davantage avec l’équipe d’Ombelliscience. J’ai beaucoup apprécié le côté expérimental de cette formation-action. Le fait que vous vous posiez des questions sur la manière de faire ne m’a pas dérangé, bien au contraire : j’ai aimé ce format « sur mesure » et la possibilité d’ajuster les choses en cours de route. Au sein de ma structure, j’aurais souhaité impliquer certaines personnes dès le départ dans cette démarche. À défaut, une valorisation des outils et des connaissances acquises sur le sujet sera prochainement partagée et mise en avant.
Publié le 17 novembre 2025

Catherine Suchanecki est responsable de l’Ecole-Musée, un des trois musées de la ville de Boulogne-sur-Mer (62). Dans le cadre de sa participation à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, Catherine Suchanecki a été interviewée par Ombelliscience le 17 octobre au sujet de son cheminement vers plus d’inclusion dans ses pratiques professionnelles.
Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?
Catherine Suchanecki : L’Ecole-Musée c’est le seul musée du Pas-de-Calais qui porte sur l’histoire de toutes les éducations. On y a reconstitué 3 époques : de 1863 jusqu’à l’arrivée de l’informatique dans les écoles. Cela permet de découvrir l’évolution de l’éducation.
Côté sciences, ce qu’on met surtout en avant c’est le travail mené avec le laboratoire d’histoire et de didactique des langues de l’ULCO. Cette école a été un lieu d’innovations pédagogiques. Grâce aux recherches, on s’est rendu compte, qu’à Boulogne, on a innové dans la manière d’enseigner le français aux anglais. Le « texte à trous » a aussi été inventé ici. Ensuite, ça a été diffusé ailleurs. Historiquement, la ville est aussi connue pour avoir accueilli les premières écoles pratiques de commerce et d’industrie, sorte de pré-enseignement professionnel. C’est ce qu’on a mis en valeur lors de la Fête de la Science à travers une exposition. On y montre qu’il y a plusieurs formes d’intelligence dont l’intelligence de la main, l’intelligence technique. C’est une manière d’ouvrir les horizons en termes d’orientation scolaires et de rappeler que l’école peut révéler toutes les intelligences.
ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?
CS : Au début de cette formation Sciences pour toutes et tous, j’avais compris que l’inclusion c’était « ouvrir les portes à tous » et je me disais « ben moi, c’est bon, je n’empêche personne d’entrer au musée ». Alors oui, inclure c’est faire de nos lieux culturels des lieux d’accueil simples et ouverts à tous, sans faire de distinction. Mais, aujourd’hui, j’ai compris que ce n’est pas que ça. C’est aussi apprendre qu’il ne faut pas juger les gens. Avant, quand j’étais guide-conférencière, je me démenais pour aller dans les quartiers. C’était beaucoup de travail et j’étais souvent déçue parce que ça ne prenait pas. Je pensais : « je fais des choses mais les gens ne veulent pas participer ». La formation SPTT m’a déculpabilisée de ne pas y être arrivée à l’époque. Et aujourd’hui c’est une grande satisfaction de voir que, via le poste de médiateur social qu’occupe mon collègue Romain Leblanc, on arrive à discuter avec les habitant·es des quartiers populaires de la ville.
« Plutôt que d’imposer on les a écoutés et on a adapté nos activités. C’est ce que fait Romain aujourd’hui et c’est à 1000 lieux de ce que je faisais avant ! Je n’avais vraiment pas compris ce qu’attendaient les gens…»
ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?
CS : Ça, ça renvoie au monde éducatif : moi quand j’étais au collège on avait l’éducation manuelle et technique. On y faisait de la couture, des expériences en physique, en biologie… Aujourd’hui, je trouve qu’on a éloigné la science de la pratique. Les sciences arrivent tard dans l’éducation des enfants et on ne les laisse plus faire d’expériences. De ce fait, les sciences paraissent inaccessibles et sont bien souvent rattachées aux maths, à la physique mais pas à l’étude et à l’observation des choses qui nous entourent. Alors que j’ai constaté que les gens aiment découvrir les sciences par tous les sens et par la manipulation. Pour être le plus inclusif possible, il faut s’inspirer des modèles belges et canadiens et utiliser des méthodes manuelles de construction. Ça permettra aux enfants d’être plus attirées par les sciences car ils seront dans la pratique.
ML : Au sein de votre structure, quel a été ou quel serait le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?
CS : On a d’abord agi sur l’iconographie : on a essayé d’atteindre une parité filles-garçons dans les supports visuels présentés dans le musée. L’autre fait marquant c’est d’avoir fait une visite en langue des signes française (LSF) et d’avoir échangé avec un jeune homme sourd de naissance pour lui demander comment on pouvait être plus inclusif ici. On a pu comprendre pourquoi des personnes comme lui ne viennent pas. Ce sont des choses toutes bêtes : s’il y a le feu dans le bâtiment, les sourd·es et malentandant·es n’entendront pas la sonnerie incendie. Quand on naît sourd, on ne peut pas lire un texte complexe en français car ce n’est pas sa langue maternelle : le FALC leur sera plus accessible… mais ils se sentent parfois infantilisés par les illustrations qui accompagnent ce type de textes. Enfin, il y a eu la création du poste de médiateur social qui est occupé par Romain et qui permet aux 3 musées de la ville de travailler davantage la coopération avec les animateurs et animatrices des centre sociaux permanents de la ville qui sont situés en quartiers populaires. Ce poste est devenu indispensable.
« Avant, on essayait de vulgariser mais on n’échangeait pas assez avec les gens. Maintenant je sais qu’il faut d’abord discuter avec les personnes et notamment avec les animateurs et animatrices de quartiers pour voir comment s’insérer dans leurs actions. »
C’est une relation qui met du temps à se construire : Romain fait tout ce que nous on ne peut pas faire par manque de temps et échange avec les habitant·es et professionnel·es. Il est force de proposition. Et maintenant ce sont les animateurs et animatrices qui viennent à lui pour monter des projets ! Il a réussi à se faire accepter et à être identifié. En conséquence on a vu une augmentation de la présence des publics issus de ces quartiers dans le musée. Et puis, ce sont aussi les professionnel·les de ces quartiers qui sont valorisés : ils ont la sensation d’être écoutés alors qu’avant ils se sentaient à l’écart des musées.
ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme « Science pour toutes et tous » ?
CS : J’ai apprécié qu’au sein du groupe de professionnelles en formation, on vienne d’horizons différents. Il n’y a pas que des scientifiques et on travaille sur des territoires différents (urbains comme ruraux) et auprès de publics divers.
Au début je n’étais pas emballée par cette formation. Et finalement ça m’a vraiment permis de me déculpabiliser et ça m’a remotivée. Parce que ça faisait 10 ans que j’essayais de travailler dans les quartiers sans y arriver et je n’avais plus envie. Et donc là, d’avoir eu la définition de ce que c’est l’inclusion et puis de voir qu’on peut mettre en place des méthodes et, même si ça ne marche pas à tous les coups, de voir qu’on peut atteindre les publics, c’était super !
Après, c’est aussi tous les intervenants que vous avez amenés… On vous a dit qu’on voulait discuter avec des habitant·es de quartiers populaires et vous avez invité la coordination Pas Sans Nous. Ça a été la révélation ! Elles nous ont fait comprendre qu’il fallait créer des passerelles et non imposer des choses : d’abord écouter les gens, recueillir leurs besoins, ensuite proposer des activités.
ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment…à votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?
CS : Franchement, je n’ai pas de réelle critique. SPTT ça a modifié mon approche des publics. Dans l’ensemble j’ai eu beaucoup de choses en moi qui se sont éveillées. J’aurais aimé qu’on se rencontre plus mais en même temps je n’avais pas beaucoup de temps. J’ai d’ailleurs été frustrée d’être moins présente cette année à cause de ma charge de travail.
A présent, j’espère que le poste de médiateur social sera pérennisé pour continuer tout ce travail.
Publié le 12 novembre 2025
