Eric Fertein est chargé de mission "diffusion de la culture scientifique" au sein de l’Université du Littoral Côte d’Opale (ULCO) (59 et 62). En tant que participant à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, il a été interviewé par Ombelliscience le 9 janvier 2026. Il raconte son cheminement pour être plus inclusif dans sa manière de travailler et de partager les sciences.
Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?
Eric Fertein : l’ULCO est un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP) qui se distingue par son modèle multipolaire (pôles à Calais, Dunkerque, Saint Omer et Boulogne-sur-Mer). C’est une université de taille humaine puisqu’elle compte 11 000 étudiants sur tout le littoral.
Le lien avec la culture scientifique, c’est qu’avec la Loi de programmation de la recherche, l’Université doit renouveler les liens entre science et société pour répondre à deux constats nationaux majeurs : un besoin accru de science face aux défis contemporains, mais aussi une mise en cause croissante du discours scientifique. Notre objectif est donc de redonner à la science une place centrale dans le débat public et de favoriser la participation citoyenne. Nous nous sentons proches des habitants parce que nous faisons une recherche qui est en lien avec leur territoire de vie. Par exemple, à Dunkerque, l’accent est mis sur l’industrie, la pollution atmosphérique, et les enjeux énergétiques. Ainsi, dès que nous allons voir les habitants, nous avons tout de suite un retour de leur part parce qu’ils sentent que nous parlons de leur quotidien.
ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?
EF : C'est d'abord savoir s'adapter à son public qui peut être très différent suivant le lieu où l’on intervient. Pour moi l’inclusion c’est piquer la curiosité de nos interlocuteurs pour qu’ils se posent des questions, qu’ils aient envie d’aller plus loin ou d’effectuer une recherche complémentaire… C’est aussi prêter une oreille attentive aux questions parfois anxiogènes de ces publics : il s'agit parfois de désamorcer les "fake news" et d’aider les personnes à prendre du recul par rapport à leur quotidien grâce à la démarche scientifique. L'inclusion, c'est, enfin, s'assurer que personne ne se sente exclu du savoir, quel que soit son bagage initial.
ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?
EF : Heureusement que non ! En recherche, comme dans tout autre métier, il existe des spécialistes qui utilisent leur propre vocabulaire, très pointu, pour décrire leurs actions. Que ce soit en histoire, en archéologie, en astronomie, en psychologie, ou autre, chaque domaine possède ses propres termes techniques.
On peut d'ailleurs s'amuser à deviner la spécialité d'un chercheur simplement en relevant le lexique qu'il emploie. Mais ce n'est pas propre aux scientifiques : il en va de même pour un couvreur, un plombier ou un chauffagiste. Quand un artisan parle de "madrier" ou de "bastaing", le néophyte a souvent du mal à imaginer leur usage concret.
C’est précisément là que réside notre rôle : la science n'est pas naturellement inclusive à cause de cette barrière de la spécialisation et du langage propre à la discipline. Notre travail est donc de traduire ce langage expert pour le rendre accessible à tous, sans en perdre la précision, afin de créer cette inclusion qui ne se fait pas d'elle-même.
ML : Au sein de votre structure, quel a été le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?
EF : le premier pas, ça a été de sortir des murs de l’université car le public ne vient pas naturellement dans un hall de faculté. Et puis, certains sites universitaires comme à Calais ou Saint Omer sont éloignés des zones résidentielles.
Notre 2ème pas ça a été de nous rapprocher de lieux culturels locaux comme le Palais de l’Univers et des Sciences (PLUS) à Cappelle-la-Grande, la Coupole à Wizernes ou la Halle aux sucres.
Et c’est pourquoi nous collaborons désormais avec des maisons de quartier, des tiers-lieux en zones défavorisées ou rurales et des médiathèques en Réseau d'Éducation Prioritaire. On y a rencontré des animateurs de centres sociaux ou de centres de loisirs qui connaissaient très bien leurs publics et qui savaient nous dire si on avait ou pas le bon vocabulaire et le bon format de présentation pour leur parler.
ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme "Science pour toutes et tous" ?
EF : SPTT m’a permis d’éclairer les actions de diffusion des sciences à l’ULCO sous l’angle de l’inclusion.
Le groupe qu’on a constitué avec toutes les personnes en formation m’a apporté un carnet d’adresses et ça m’a rassuré d’être avec des gens qui étaient à mon niveau : je me suis senti inclus. C’est chouette d’avoir formé ce réseau de personnes sensibilisées à l’inclusion dans les Hauts-de-France. Cette expérience accumulée, la somme des solutions qu’on a trouvées ensemble face à des situations excluantes, ça nous a enrichi.
En termes de contenus de formation, la rencontre qui m’a vraiment mis une claque c’est celle avec les Pas Sans Nous : si nous ne les avions pas rencontrés de visu, nous n’aurions pas été autant sensibilisés. Ce que Christelle Sohier (membre de la coordination Pas sans nous et déléguée pour Amiens) a raconté sur l’œuvre d’art implantée dans son quartier sans discussion préalable avec la population ou le projet de la Caravane des médias avec une caravane-totem comme objet qui ne sert pas forcément mais qui est emblématique de l’action que tu fais… Ah ! Et puis se dire qu’il faut parfois exclure pour mieux inclure, qu’on peut créer des moments en non mixité pour mettre à l’aise des publics habituellement exclus, ça aussi ça m’a marqué. Je n’y aurai jamais pensé avant ! Et pourtant, aujourd’hui, ça se met en place à l’ULCO avec le dispositif « les maths C pour L » qui sera organisé par les chercheurs du LMPA à l'ULCO en 2027.
ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment… À votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?
EF : Lorsque l'aventure SPTT a commencé, je n'avais aucune notion de l'inclusion. Je faisais de l'inclusion naturellement, sans mettre une étiquette "inclusion" sur mes actions. A l'inverse, certaine de mes actions n'étais pas du tout inclusives ! J'ai tout découvert au cours des réunions proposées par le programme SPTT. Je regrette d'avoir démarré de zéro. Mais je ne regrette pas d'avoir démarré ! J'aurais dû amener des collègues dans l'aventure. Mais lorsque je me suis rendu compte de l'importance de notre action, il était trop tard. Nous étions déjà trop avancés dans le programme. Certains ont participé aux rencontres avec les professionnels mais aucun n'a suivi le cursus dans son entièreté.
J'ai particulièrement apprécié que l'accompagnement se fasse de façon inclusive (rires). Nous étions tous novices, nous nous sommes tous découverts et nous nous sommes tous épaulés. Personne n'a pris l'ascendant du groupe en disant "je suis un spécialiste de l'inclusion". Même vous les salariés d’Ombelliscience, vous nous avez annoncé que vous alliez apprendre en même temps que nous ! Je pense que nous devons beaucoup cette atmosphère bienveillante à Arnaud et toi qui avez animé cette formation : vous nous avez suivi avec bienveillance et vous nous avez toujours prêté une oreille attentive. On le doit aussi au bon dosage entre théorie et pratique apporté par nos formatrices Clémence Perronnet (sociologue de la culture, formatrice au sein de l’Agence Phare et Catherine Oualian.
Publié le 18 juin 2026

La 35ème édition de la Fête de la science se déroulera du 2 au 12 octobre 2026 sur la thématique "Saveurs savantes", l’occasion de célébrer la cuisine, le goût et l'alimentation dans toutes leurs dimensions scientifiques.
Véritable invitation à transmettre le goût des sciences au plus grand nombre, ce thème est l’occasion de célébrer la gastronomie, la cuisine et l’alimentation dans toutes leurs dimensions scientifiques. Ces sujets portent des enjeux de santé publique et soulèvent des questions environnementales majeures.
L’édition 2026 de la Fête de la science prendra la forme d’un grand laboratoire culinaire invitant le public à découvrir les multiples facettes scientifiques de l’alimentation à travers une programmation d’événements interactifs et conviviaux.
Cette année, se sont près de 150 événements dans plus de 60 communes et 121 lieux différents qui sont proposés sur les 5 départements des Hauts-de-France.
Ils sont portés par près de 280 structures très diverses (universités, collèges, lycées, centres de culture scientifiques, bibliothèques, musées, grandes écoles, centres sociaux, organismes de recherche…), souvent en partenariat les unes avec les autres, pour transmettre le goût des sciences au plus grand nombre.
Du 2 au 12 octobre, en ville ou à la campagne, le grand public et les scolaires pourront participer à une multitude d’animations (visites, spectacles, ateliers, conférences, expositions, jeux…) et partir à la rencontre de scientifiques de la région, notamment dans les 11 villages des sciences répartis sur le territoire.
La coordination régionale de la Fête de la science en Hauts-de-France est confiée par l’Etat et la Région à l’association Ombelliscience.
Anthony Treizebre est maître de conférences à l’Université de Lille et chercheur à l’Institut d’Électronique, de Microélectronique et de Nanotechnologie (IEMN). Ses travaux portent sur le développement d’« organes sur puce », des dispositifs capables de mimer des fonctions biologiques humaines en laboratoire. À l’interface entre microélectronique et biologie, ses recherches ouvrent des perspectives nouvelles pour une médecine personnalisée et prédictive, tout en contribuant à réduire le recours à l’expérimentation animale.
+ d’infos sur Anthony Treizebre
Professeure à l’Université de Lille et Directrice de l'Unité Mixte de Recherche transfrontalière INRAE (UMRt) BioEcoAgro, Rozenn Ravallec coordonne des programmes de recherche et partenariats industriels. Transformation durable de la biomasse régionale (chicorée, algues..), production et caractérisation de molécules à haute valeur ajoutée, ou impact des protéines et ingrédients digérés sur la santé (stress, hypertension, diabète), ses sujets de recherche sont variés et innovants.
D’autres événements seront publiés dans les prochaines semaines.
D’ici là, voici un petit avant-goût :
Les Electrons Libres proposent du 2 au 10 octobre 2026, un festival autour de la thématique "Saveurs Savantes". Pour l’occasion, un spectacle jeune public, ateliers scientifiques, goûters expérimentaux, jeux, ciné-débats ainsi que des conférences seront proposés par trois structures du territoire. Le programme se veut pluridisciplinaire, en explorant la physique-chimie, la biologie, les neurosciences et les sciences de l’environnement autour de l’alimentation et des saveurs.
Du 2 au 10 octobre à Condé-sur-l'Escaut, Vieux-Condé, Fresnes-sur-Escaut.
Les Ateliers Pédagogiques de l’Oise organisent le samedi 10 octobre, un événement scientifique ouvert au grand public. Cet atelier propose une expérience immersive, interactive et interdisciplinaire autour du rôle des insectes dans l’alimentation, l’agriculture et l’industrie alimentaire. Les participant·es pourront rencontrer des scientifiques et des spécialistes, assister à une mini-conférence, observer les insectes, participer à des expériences et des animations en réalité virtuelle. Le 10 octobre, 14h-18h, rue Saint-Martin 60130 Ravenel
Une après-midi qui s'étire jusqu'à minuit pour aller à la rencontre du 1er Comité Citoyen de Roubaix pour l'alimentation : comment transformer notre territoire vers une meilleure santé commune en passant par l'alimentation ? Au programme : ateliers et projections de films sur les solidarités alimentaires de demain, sur le fonctionnement du système alimentaire, sur les actions concrètes de recherches à même de transformer le territoire. Venez prendre la parole dans l'agora pour raconter vos parcours et vos envies d'un système alimentaire pour demain.
Par l’association El Cagette À Roubaix Infos pratiques à venir
Photo © Clément Foucard/Ombelliscience
Publié le 18 juin 2026



Cette boîte à outils a été créée suite à la formation-action "Sciences Pour Toutes et Tous en Hauts-de-France" (SPTT) .
Vous y trouverez des méthodes, des ressources et des retours d'expérience pour des pratiques qui n'excluent personne en partage des sciences.
Co-écrite avec certaines des 33 personnes formées pendant ces 3 années, elle présentera en 9 chapitres les apprentissages qu’en ont tiré les participantes et la coordination de la formation. Le chapitre d’introduction et les 2 premiers chapitres sont déjà accessibles sur Echosciences Hauts-de-France.
Les autres viendront plus tard.
>> À QUI ÇA S'ADRESSE ?
...pour les personnes impliquées en culture scientifique...
Cette boîte s'adresse à toute personne qui a à cœur que les "sciences pour toutes et tous" ne soient pas qu'un slogan et à toute personne qui constate l'absence de certains groupes sociaux dans les lieux et activités de partage des sciences qu’elle mène.
...mais aussi pour les professionnel·les de la culture en général
De nombreux éléments peuvent aussi être utiles aux acteurs culturels en général, tous secteurs confondus.
Faut-il avoir déjà un certain niveau en "pratiques inclusives" pour l'utiliser ?
Non, l'intention est d'être accessible aux personnes curieuses qui découvrent le sujet comme à celles qui ont déjà des pratiques inclusives et veulent approfondir ou diversifier leurs méthodes. Néanmoins, pour les débutant·es, le chapitre « 1/ Comprendre et se former » est incontournable.
>> UNE BOITE À OUTILS, POUR QUOI FAIRE ?
Pour comprendre que l’inclusion ce n’est pas que l’accessibilité
Le mot "inclusion" est aujourd’hui très utilisé et perçu souvent comme un synonyme de l’accessibilité, focalisant l’attention sur la question du handicap. Dans la formation SPTT, nous avons vu que l’accessibilité n’est qu’un aspect de l’inclusion.
Être inclusif·ve c'est regarder en quoi nos musées, activités et lieux de culture scientifique sont excluants pour certaines personnes. Pour aller plus loin sur cette notion, consultez le chapitre "1/comprendre et se former"
Pour vous simplifier la tâche
On a essuyé les plâtres pour vous ! Pendant les 3 années de la formation SPTT, on s'est formé·es, on a testé, raté, recommencé, réussi, créé... Et, au final, on en a tiré des apprentissages sur ce qui fonctionne ou pas. C’est ce que vous livre cette boîte à outils
>> SOMMAIRE DE LA BOÎTE À OUTILS
Publié le 19 mai 2026


