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Témoignage de Maximilien Distinguin : « Penser inclusion c’est se décentrer, laisser de côté notre posture de sachant pour prendre en compte notre public »

Maximilien Distinguin est chargé de projet culture scientifique au sein du service culturel de l’UPHF (59). En tant que participant à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, il a été interviewé par Ombelliscience le 24 octobre 2025. Il raconte son cheminement pour être plus inclusif dans sa manière de travailler et de partager les sciences.

Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?

Maximilien Distinguin : Je suis chargé de projet culture scientifique au sein du service culturel de l’Université Polytechnique Hauts-de-France (UPHF). L’UPHF est une université implantée sur 4 sites de formation : Cambrai, Maubeuge, Valenciennes et Famars. C’est une université qui accueille entre 11 000 et 15 000 étudiants tous les ans. Au-delà de la formation, il y a forcément l’aspect recherche. L’UPHF a un pôle recherche structuré autour de 4 laboratoires : le LAMIH Laboratoire d’Automatique, de Mécanique et d’informatique Industrielles et Humaines ; l’IEMN Institut d’Élétronique, Microélectronique et de Nanotechnologie ; le CERAMATHS en mathématiques et matériaux céramiques ; et le LARSH LAboratoire de Recherche Sociétés et Humanités.

ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?

MD : L’inclusion pour moi ça ne va pas de soi. Si on va à la facilité, on reste avec nos pairs, avec les publics qu’on touche naturellement. L’inclusion implique de ne plus attendre que les publics viennent vers nous mais d’aller vers eux.

Penser inclusion c’est se décentrer, laisser de côté notre posture de sachant pour prendre en compte notre public et rendre sa visite d’une exposition ou son séjour dans un lieu de sciences, le meilleur possible. Notre rôle c’est de permettre aux publics d’être autonomes. Parfois, juste « le bonjour » ça autorise l’autre qui peut se dire « j’ai le droit d’être là, je peux entrer ».

ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?

MD : Je dirais oui ; on est tous capables de raisonner et de comprendre des processus tels le cycle jour/nuit même si on n’a pas forcément les mots scientifiques pour le dire. Il y a des bases qu’on peut comprendre très facilement.

Néanmoins il y a un sentiment d’illégitimité chez les personnes par rapport aux sciences. Par exemple, franchir la porte d’entrée de l’université pour quelqu’un qui n’est ni enseignant ni étudiant, c’est difficile. Les personnes vont se demander « j’arrive dans un milieu qui n’est pas le mien donc y ai-je ma place ? ». Et ce n’est pas parce que c’est écrit « c’est gratuit » et que c’est accessible qu’elles viennent. Ceci n’est qu’une partie de l’équation. Se sentir illégitime c’est penser qu’on n’a pas le bagage culturel suffisant pour venir, c’est penser « ce n’est pas pour moi », c’est aussi la honte de ne pas avoir un diplôme suffisamment haut, la gêne de ne pas avoir les mêmes relations, le même réseau ou encore, de ne pas avoir les codes d’un système qui nous est inconnu. Et malheureusement, la curiosité ne suffit pas à franchir ces obstacles.

ML : Au sein de votre structure, quel a été le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?

MD : J’ai repensé mon projet de parcours scientifiques sur le campus. J’ai revu mon process : je vais d’abord aller consulter la population que je veux impliquer et co-constuire avec elle et non agréger d’abord des collègues. L’idée est de faire avec et pour mes publics plutôt que l’inverse.

Par ailleurs, je vais aussi essayer cette année de mettre en place un plan de formation pour les collègues sur les questions d’inclusion. Je vais me faire le mégaphone auprès de mes pairs de tout ce qu’on a appris dans SPTT. Idéalement j’aimerais former 15 à 20 personnes par an.

ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme "Science pour toutes et tous" ?

MD : Un grand bol d’oxygène ! Et aussi, une prise de conscience : souvent on croit bien faire et être déjà dans l’inclusion mais c’est, soit insuffisant, soit on a de fausses bonnes idées. Dans la formation, on a appris à décrypter ça.

Et puis, on se rend compte qu’on n’est pas tout seul, que la problématique est partagée, qu’en fait notre secteur professionnel n’est pas assez sensibilisé. Il y a aussi beaucoup d’entre-soi – on a tous au moins un bac + 3 ou bac +8 dans cette formation SPTT. Par contre, les populations qu’on veut toucher n’ont pas forcément ce bagage : il faut donc se décentrer. Partager ses difficultés avec les autres participants à SPTT, entendre comment ils les ont surmontés est inspirant et motivant. On s’apporte du soutien, des conseils. Tout cela crée des échanges positifs et productifs. On a eu beaucoup de discussions entre nous.

Parmi les outils que j’ai aimés, je retiens le KADEIloscope. Il est peut-être un peu rude à la découverte mais si tu prends le temps de passer ton projet au tamis, tu te rends compte qu’il est très bien pour prendre du recul et t’évaluer en cours de projet.

Enfin, l’accompagnement par Ombelliscience a permis de poser des jalons dans cette progression, d’alerter sur des points de vigilance, de diffuser des outils. Vous nous avez rassemblé et avez créé les conditions pour que nous travaillions de concert.

ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment… À votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?

MD : Je multiplierais les 1ères formations initiales pour avoir un plus gros noyau de personnes formées. Il faudrait aussi prévenir que ça va prendre du temps, que ça va nécessiter une remise en question forte. Pour que l’inclusion soit ta préoccupation n° 1 ou 2, il faut se rendre compte du travail que ça va engendrer, notamment auprès des publics, et des méthodes qu’il va falloir changer. Ça doit devenir une priorité, pas un truc en plus mais ça, ça demande une grosse implication.

J’ai trouvé très intéressant que vous, l’équipe d’Ombelliscience, vous vous formiez en même temps que nous. C’était source d’échange parce que vous aviez les mêmes problématiques que nous et vous aviez le temps d’aller chercher des solutions et des outils. On se nourrissait mutuellement, on s’est questionnés ensemble, vous faisiez partie du groupe.

Merci à Catherine Oualian (Ecole de la Médiation), Clémence Perronnet (Agence Phare), à toute l’équipe d’Ombelliscience et à tous les collègues de SPTT ! [Catherine Oualian et Clémence Perronnet ont formé les participantes de SPTT et accompagné Ombelliscience sur les trois années de la formation-action en étant présentes aux temps de regroupement annuels notamment].

Photo (c) Clément Foucard / Ombelliscience

Publié le 10 janvier 2026

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Témoignage de Camille de Visscher : « Pour moi, inclure c’est d’abord savoir qui on exclut »

Camille De Visscher est responsable de la médiation scientifique au sein des ‘Sciences infusent’ programme de médiation scientifique de l’Université de Lille, rattaché à la direction de la valorisation de la recherche (59). Dans le cadre de sa participation à la formation-action « Sciences pour Toutes et Tous » (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, Camille De Visscher a été interviewée par Ombelliscience le 28 novembre au sujet de son cheminement vers plus d’inclusion dans sa pratique professionnelle.

Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?

Camille De Visscher : notre matière première ce sont les résultats de recherche de l’Université de Lille, produits par les personnels de recherche, au sein des 64 unités que compte l’université, toutes disciplines confondues. La mission des Sciences infusent est de rendre accessible ces résultats pour que la société puisse se les approprier et ainsi mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons.

ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?

CDV : Il y a vraiment eu un avant et un après Sciences pour toutes et tous (SPTT). Avant la formation SPTT,

« Nous faisions des choix très larges de publics pour les différents outils de médiation que nous développions : scolaire, familial… Nous nous pensions ouvertes à tous. Nous ne nous étions jamais posé la question de savoir qui nous touchions vraiment, et surtout qui nous ne touchions pas.Et aujourd’hui, pour moi, inclure c’est d’abord savoir qui on exclut. »

Et ce n’est qu’une fois que nous avons cette donnée, que nous pouvons entamer un travail de longue haleine pour être inclusif dans nos actions, en travaillant en profondeur ces actions avec les publics que l’on souhaite toucher. L’inclusion c’est donc une démarche globale qui réunit l’accessibilité physique, l’accessibilité des contenus, l’écoute des publics, le fait de travailler vraiment avec eux, l’adaptation de nos actions et de nos pratiques… Je pense que c’est lorsque tous ces ingrédients sont réunis que l’alchimie peut se faire et qu’une vraie rencontre peut avoir lieu.

ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?

CDV : Pour moi, toutes les sciences sont inclusives, mais la manière que l’on a de les aborder ou de les faire aborder, elle, ne l’est pas. C’est donc à nous de développer les outils nécessaires et de nous adapter pour que cette transmission soit inclusive. Dans le cas des Sciences Infusent, on a un frein supplémentaire : on est au sein d’une université et cela ajoute de la distance car c’est un lieu perçu par beaucoup de personnes comme inaccessible, sauf aux sachants. Donc notre mission est à la fois de rendre les sciences accessibles, mais également de transmettre le message que l’université elle-même est un lieu ouvert à toutes et à tous.

ML : Au sein de votre structure, quel a été ou quel serait le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?

CDV : Avant SPTT on avait déjà une sensibilité sur cette question d’inclusion. Dans les illustrations de nos supports on faisait attention à l’égalité de genre, on avait fait un livret FALC (Facile À Lire et à Comprendre), etc. Mais c’était des actions disparates et décorrélées les unes des autres. Il n’y avait pas une vraie prise de conscience globale. C’est arrivé avec SPTT. Et la première action qu’on a faite a été l’étude de nos publics (des tous publics et des personnels de recherche). On voulait savoir qui on touchait et qui on ne touchait pas. Le résultat a été sans appel : on avait une grande marge de progression ! Durant les 3 ans de SPTT on a déjà fait évoluer nos pratiques. Et aujourd’hui je souhaite qu’on passe à la vitesse supérieure et j’ai donc déposé une demande de financement pour le projet Médiation Inclusive et Sciences Accessibles (MISA). L’objectif est de faire de l’inclusion un projet structurant des Sciences Infusent avec des financements, des moyens et des temps humains dédiés. On fera également évoluer dans ce sens le prochain appel à manifestation d’intérêt des Sciences infusent à destination des personnels de recherche de l’université. MISA sera l’un des deux projets qui structurera nos recherches de mécènes et prendra la forme d’expérimentations inclusives sur 2026. Par exemple, sur l’exposition « les visages de la dépression », nous ferons un livret FALC et créerons des visites pour les publics spécifiques. Pour la Fête de la science, nous développerons notamment des visites d’ateliers en langue des signes. Cela permettra de voir ce qui fonctionne et ce qu’il faut faire évoluer, tout en commençant à créer un réseau des publics.

ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme « Science pour toutes et tous » ?

CDV : Cela nous a apporté une prise de conscience pleine et entière de là où on en était, en plus d’une montée en compétences. Et on en a tiré une véritable envie de mieux faire. C’était une formation-action sur du long terme (3 ans). Il aurait pu y avoir des moments de découragement ou de lassitude mais l’équipe d’Ombelliscience a maintenu la motivation du groupe en amenant du sens. Sans votre accompagnement, on n’aurait pas avancé jusque-là. Grâce à cela on ne fait pas juste « pour faire » : on y croit vraiment. Et on pense que ça va véritablement faire évoluer nos pratiques en profondeur. Ce n’est pas juste pour cocher la case « inclusion ». La rencontre avec les autres participantes et participants à la formation est l’autre aspect très positif de SPTT. Ça a été une force incroyable ! C’était compliqué de nous mettre en lien car on est tous et toutes très différents, que ce soit sur nos publics cibles, nos structurations, nos modes d’actions, nos financements… mais on s’est tous et toutes retrouvées autour de ces questions d’inclusion. On a fait réseau et les expériences des uns ont nourri celles des autres, en amenant également une prise de recul et un regard différent sur nos pratiques. Les temps d’échange avec les autres m’ont beaucoup éclairée. C’était super enrichissant. Les regroupements régionaux comme celui des 24 et 25 novembre dernier sont des moments ressourçants pour tout le monde. Le moment qui m’a le plus marquée est la 1ère formation avec Catherine Oualian (formatrice de l’Ecole de la Médiation) en mai 2023. Là nous avons été secouées avec ma collègue Pauline Leroy : on s’est dit qu’il y avait vraiment une question à se poser sur notre manière de travailler !

ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment…à votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?

CDV : J’aurais aimé pouvoir y consacrer plus de temps, pouvoir mieux travailler avec les outils que vous nous avez proposés ou lire tous les ouvrages suggérés…. Cette question du temps revient tout le temps… Ce manque va à l’encontre de l’inclusion. Après, au début de la formation, j’ai été perturbée par le fait que ce n’était pas concret. Si c’était à refaire il faudrait, à mon sens, qu’on rencontre plus tôt des publics concernés par les exclusions. Ainsi nous comprendrions mieux là où nous faisons fausse route dans la rencontre avec eux. Cela nous aurait permis de voir plus vite où se situait le nœud du problème. À présent que SPTT touche à sa fin, j’espère vraiment que tout cela va continuer et que le réseau qu’on a constitué demeurera. J’aimerais que ce qui a été construit là puisse déboucher sur un vrai réseau professionnel sur la question de l’inclusion en science. J’espère vraiment que ça va pouvoir se faire. C’est l’étape d’après. Enfin, je vous remercie car sans vous et votre énergie ça n’aurait pas tenu. Parce qu’au départ, tout le monde n’était pas convaincu. Et finalement, beaucoup de monde a bougé et ça c’est top !

Publié le 11 décembre 2025

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Clap de fin au 4e regroupement régional pour la formation-action « Sciences pour toutes et tous »

33 professionnel-les se sont retrouvés ces 24 et 25 novembre à le Wast et Hervelinghen (62) pour clore cette troisième et dernière année de formation-action « Sciences pour Toutes et Tous ».

Ce 4e regroupement régional a débuté le lundi à la Maison des Caps et Marais d’Opale, où les participants ont pu, partager leurs récits d’expérience : Comment ont-ils mis en place des actions plus inclusives au sein de leur structure ? Quelles ont été leurs difficultés et échecs ? De quoi sont-ils·elles fièr.e.s ? Quelles leçons en ont-ils tiré ? Après un déjeuner partagé, Amanda Dacoreggio, chargée de mission observation chez Ombelliscience leur a préparé un quizz sur l’enquête menée en 2024 et 2025 sur les publics exclus de la CSTI produite en collaboration avec l’Agence Phare. L’occasion de leur en distribuer des exemplaires. L’après-midi s’est poursuivie sous forme d’ateliers « foire aux questions ». Animés par Ombelliscience et Catherine Oualian de l’Ecole de la Médiation, ils ont permis de revenir sur des sujets qui continuent de poser problème aux participantes. Clémence Perronet, sociologue de l’Agence Phare a conclu la journée par une intervention réflexive sur la notion d’« universalité » en médiation scientifique.

Deuxième journée à Hervelinghen

Le deuxième jour aux gîtes du Mont de Couple à Hervelinghen, les participant.es ont démarré la matinée par une balade sur le Mont, animée par Martin Verhoeven, animateur du Parc Régional Caps et Marais d’Opale (lire son portrait par ici > portrait de Martin). L’occasion de mieux connaître le territoire, la faune et la flore du littoral. S’en est suivie une restitution des travaux de la veille, puis des mises en situation pour apprendre à promouvoir l’inclusion au sein de sa structure, auprès des financeurs ou des partenaires extérieurs. La journée s’est clôt par le bilan et l’évaluation des deux jours !

Pour SPTT, l’heure est maintenant au bilan, à l’évaluation de la formation et à la compilation des outils et bonnes pratiques mises en œuvre par les participantes… La majorité a exprimé le souhait de continuer à tisser un réseau inclusion en culture scientifique. Une piste qui sera prochainement discutée avec les membres d’Ombelliscience. Les participantes sont d’ores et déjà invitées à se retrouver au 6ème Forum régional de Culture scientifique qui se tiendra le 12 février à Nausicaa ainsi que le 12 mai 2026 pour un temps de clôture et valorisation de la formation-action Sciences pour toutes et tous.

Prochain rendez-vous *: *6e Forum régional de la CSTI le 12 février à Nausicaa où Marie et Amanda d’Ombelliscience animeront un temps « Ecouter et comprendre les publics pour ne pas exclure : regards issus de la formation Sciences pour toutes et tous » et présenteront l’enquête sur les publics exclus de la CSTI.

+ d’infos sur le programme inclusion « Sciences pour Toutes et Tous »

Publié le 10 décembre 2025

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