Ombelliscience est très heureuse d’accueillir l’Espace Santé du Littoral au sein de son réseau.
L’Espace Santé du Littoral (ESL) est une association présente sur le littoral qui a pour but de prévenir la maladie et d’améliorer la santé de la population de son territoire. Présente sur la Communauté Urbaine de Dunkerque et sur la Communauté de Communes des Hauts de Flandre, elle est présente sur différents lieux dont les deux principaux sont à Dunkerque et à Grande-Synthe. L’ESL traite de 5 grandes thématiques : la solidarité, la jeunesse, l’accompagnement des pathologies, la santé-environnement et l’attractivité des métiers de la santé.
L’ESL porte le dispositif Observatoire Local de Santé ou OLS depuis 2019. Il a pour but de créer de la donnée innovante sur la qualité de l’air et l’état de santé des habitants, structurer un réseau et communiquer auprès des publics du territoire. L’OLS participe à des projets de recherches avec de la participation citoyenne à l’instar du projet ORRCH-IDeeS co-porté par l’ULCO et l'ESL et qui traite de la multi-exposition ou encore le projet INTERFERENCE qui porte sur la présence des perturbateurs endocriniens présents dans l’air. L’OLS possède un conseil scientifique qui lui permet de suivre des thèses sur la thématique de la pollution de l’air mais aussi des projets de biosurveillance grâce aux lichens et aux abeilles. Ce dispositif permet de faire un pont entre les habitants de notre territoire et le monde universitaire. Il développe des outils innovants de prévention santé pour inciter à réduire nos expositions. Récemment, et grâce aux financements à la Région Hauts-de-France, l’OLS a pu imaginer une exposition sur la pollution de l’air sur le littoral qui permets de jumeler éléments scientifiques et déconstruction des idées reçues.
"Nous nous reconnaissons dans les travaux portés par le réseau Ombelliscience et notamment aux aspects liés à la culture scientifique et au partage de nos activités. L’adhésion à votre réseau est l’opportunité pour nous d’intégrer nos travaux dans un maillage territorial qui dépasse le littoral mais aussi de découvrir la richesse des Hauts- de-France en termes de culture scientifique. Nous avons au fil des ans développé nos compétences en vulgarisation scientifique, en communication et en création d’outils innovants pour répondre à nos besoins."
Publié le 12 janvier 2026


Julien Rousseau est chargé de développement des publics de l’Ecomusée de l’Avesnois (59). Dans le cadre de sa participation à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, Julien a été interviewé par Ombelliscience le 13 novembre au sujet de son cheminement vers plus d’inclusion dans sa pratique professionnelle.
Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?
Julien Rousseau : Je travaille à l’Ecomusée de l’Avesnois où je suis chargé de développement des publics avec la référence « diversité et inclusion ». Il y a deux autres chargés de développement : un sur les publics scolaires, l’autre sur les publics individuels. L’Ecomusée est constitué de deux sites : une ancienne verrerie à Trélon et une ancienne filature à Fourmies. Ce sont à la fois des musées et lieux de pratique et de production. Notre lien à la CSTI ce sont les bâtiments eux-mêmes, les infrastructures et les machines de production ainsi que les 80000 objets de collection qui permettent d’aborder de multiples sujets scientifiques. Cela peut aussi passer par une exploration technique des machines utilisées ou par une mise en lien avec la révolution industrielle - période à laquelle ces industries ont prospéré – et avec l’analyse des énergies utilisées au 19ème siècle pour faire fonctionner ces usines. Aujourd’hui, on ouvre ces lieux aux questions contemporaines telles que les contraintes énergétiques actuelles et leurs enjeux écologiques.
ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?
JR : c’est vraiment ne mettre personne de côté. C’est rendre accessible le contenu pédagogique et scientifique à toutes et tous quelle que soit la personne, son handicap, ses besoins, ses spécificités… C’est ne laisser personne au bord du chemin tant en termes de publics que d’usagers du musée en général : collègues, artistes accueillis à Fourmies, agent de La Poste qui amène le courrier, etc.
ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?
JR : c’est une bonne question. Elles devraient l’être car elles nous concernent toutes et tous mais malheureusement elles ne le sont pas : l’université est ouverte aux femmes mais il y a très peu de femmes en sciences, les contenus dans les musées sont souvent lus par des voix d’hommes… Tout ça ce sont des choses qu’on ne voit pas tant qu’on n’a pas mis le doigt dessus. C’est grâce à « Sciences pour toutes et tous » que je les ai vues.
ML : Au sein de votre structure, quel a été ou quel serait le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?
JR : je pense qu’à l’Ecomusée l’approche inclusive est assez ancienne et même antérieure à mon poste qui a été créé en 2019. Il y a toujours eu une démarche inclusive. Elle a d’abord été appréhendée sous l’angle de l’accessibilité pour les personnes porteuses de handicaps. La présence d’un ESAT (Etablissement et Services d'Accompagnement par le Travail) sur le site de Trélon y a beaucoup contribué. Sur l’Avesnois, en général, il y a beaucoup de structures qui prennent en charge le handicap et les personnes en difficulté sociale. C’est un public qui vient souvent dans nos musées donc il y a une volonté de bien l’accueillir.
Plus récemment, on a souhaité élargir cette approche et dépasser le public en situation de handicap, pour s’ouvrir à tous les publics, quelques soient leurs besoins. Ça s’est renforcé suite à un audit mené par Signes de sens et le RECIT dont on a été partenaire dès le début. Ensuite se sont ajoutés d’autres partenariats sur ces questions : Ombelliscience avec la formation « Sciences pour toutes et tous », le Trait d’Union, etc.
A présent, il y a aussi les publics qu’on intègre dans les projets comme celui autour de la malle pédagogique que je co-conçois avec des personnes du Bol vert, des jeunes de l’IMPro et d’autres. Plus que des publics, ces personnes sont de véritables actrices du musée. L’Ecomusée est un musée de territoire qui se fabrique avec les habitants donc c’est naturel de « faire avec », ça fait partie de l’essence du lieu.
ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme « Science pour toutes et tous » ?
JR : la 1ère chose c’est une ouverture plus large de ce qu’on entend par « inclusion », au-delà de l’entrée « handicaps ». Cette vision plus large s’est concrétisée au fil des 3 années… Au début c’était théorique mais, sur l’exclusion liée au genre, je l’ai vu très vite en faisant le lien entre ce qu’on apprenait en formation et ce que je repérais dans nos collections : dans nos textes d’expo, on parle en permanence du travail des femmes qui représentent une part importante de la main d’œuvre dans le secteur textile et pourtant on a écrit « les ouvriers » au masculin ! ça, ça a été vraiment concret !
Ensuite, pour moi, ça a aussi été le fait d’aller chercher les publics auxquels je ne pensais même pas et qui, pourtant, quand on les rencontre, sont une évidence.
La rencontre avec Christelle Sohier de la coordination nationale Pas sans Nous lors de la formation a été un tournant… A ce moment-là, à l’Ecomusée, on inaugurait une exposition intitulée « Visages de l’Avesnois ». J’ai fait le parallèle avec son témoignage et j’ai réalisé que moi-même, à un moment, j’avais vécu des formes d’exclusion… Je me suis identifiée à elle… Maintenant c’est à nous d’aller nous connecter avec ces publics-là.
De manière plus générale, SPTT nous a donné une grosse mallette à outils et nous a fait rencontrer des gens. Ça nous a apporté un carnet d’adresses et des partenariats qui vont se poursuivre. Il y a eu des formations qui ont été très utiles comme celle sur la facilitation graphique et aussi des témoignages du type de celui de la Caravane des médias avec leur approche de l’itinérance et du « aller vers » qui m’a fort inspiré. Je l’ai intégré tout de suite à mon projet de mallette pédagogique en me disant que j’allais en faire un outil de médiation, de diffusion et un outil pour aller à la rencontre des publics.
Enfin, on a noué des liens entre professionnels participant à la formation. J’ai ainsi rencontré le chargé de mission culture scientifique de l’Université Polytechnique Hauts-de-France (UPHF) grâce à qui on a a organisé des visites de l’Ecomusée pour les étudiants de l’UPHF. Cette idée lui est venue suite au 2ème regroupement régional de SPTT qui s’est tenu chez nous !
ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment…à votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?
JR : mon regret est de ne pas avoir intégré tout de suite ce projet de mallette pédagogique comme sujet d’apprentissage dans SPTT. J’aurais pu avancer davantage si je l’avais choisi dès le début. J’aurais aussi aimé avoir plus de temps… Mon poste n’est pas à temps complet sur ces questions d’inclusion – je fais aussi beaucoup de médiations - mais j’aimerais avoir un engagement central sur le sujet.
Du côté des rendez-vous proposés par Ombelliscience, j’aurais aimé avoir des échanges plus réguliers avec vous. Mais je sais que vous aviez déjà un gros réseau à gérer et que vous avez fait ce que vous avez pu.
Je pense qu’on a aussi manqué de temps pour échanger davantage avec les autres professionnels. Il y a eu une demande en ce sens dans le groupe. Mais, là encore, on a tous manqué de temps. Si on avait eu trois regroupements régionaux par an [au lieu de deux], ça aurait été génial : on aurait pu travailler tous ensemble comme si on était des collègues directs ! Malgré ces limites, les contacts se sont créés et le carnet d’adresse est fait. A nous maintenant de maintenir ces liens.
Publié le 11 janvier 2026

Maximilien Distinguin est chargé de projet culture scientifique au sein du service culturel de l’UPHF (59). En tant que participant à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, il a été interviewé par Ombelliscience le 24 octobre 2025. Il raconte son cheminement pour être plus inclusif dans sa manière de travailler et de partager les sciences.
Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?
Maximilien Distinguin : Je suis chargé de projet culture scientifique au sein du service culturel de l’Université Polytechnique Hauts-de-France (UPHF). L’UPHF est une université implantée sur 4 sites de formation : Cambrai, Maubeuge, Valenciennes et Famars. C’est une université qui accueille entre 11 000 et 15 000 étudiants tous les ans. Au-delà de la formation, il y a forcément l’aspect recherche. L’UPHF a un pôle recherche structuré autour de 4 laboratoires : le LAMIH Laboratoire d’Automatique, de Mécanique et d’informatique Industrielles et Humaines ; l’IEMN Institut d’Élétronique, Microélectronique et de Nanotechnologie ; le CERAMATHS en mathématiques et matériaux céramiques ; et le LARSH LAboratoire de Recherche Sociétés et Humanités.
ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?
MD : L’inclusion pour moi ça ne va pas de soi. Si on va à la facilité, on reste avec nos pairs, avec les publics qu’on touche naturellement. L’inclusion implique de ne plus attendre que les publics viennent vers nous mais d’aller vers eux.
Penser inclusion c’est se décentrer, laisser de côté notre posture de sachant pour prendre en compte notre public et rendre sa visite d’une exposition ou son séjour dans un lieu de sciences, le meilleur possible. Notre rôle c’est de permettre aux publics d’être autonomes. Parfois, juste « le bonjour » ça autorise l’autre qui peut se dire « j’ai le droit d’être là, je peux entrer ».
ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?
MD : Je dirais oui ; on est tous capables de raisonner et de comprendre des processus tels le cycle jour/nuit même si on n’a pas forcément les mots scientifiques pour le dire. Il y a des bases qu’on peut comprendre très facilement.
Néanmoins il y a un sentiment d’illégitimité chez les personnes par rapport aux sciences. Par exemple, franchir la porte d’entrée de l’université pour quelqu’un qui n’est ni enseignant ni étudiant, c’est difficile. Les personnes vont se demander « j’arrive dans un milieu qui n’est pas le mien donc y ai-je ma place ? ». Et ce n’est pas parce que c’est écrit « c’est gratuit » et que c’est accessible qu’elles viennent. Ceci n’est qu’une partie de l’équation. Se sentir illégitime c’est penser qu’on n’a pas le bagage culturel suffisant pour venir, c’est penser « ce n’est pas pour moi », c’est aussi la honte de ne pas avoir un diplôme suffisamment haut, la gêne de ne pas avoir les mêmes relations, le même réseau ou encore, de ne pas avoir les codes d’un système qui nous est inconnu. Et malheureusement, la curiosité ne suffit pas à franchir ces obstacles.
ML : Au sein de votre structure, quel a été le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?
MD : J’ai repensé mon projet de parcours scientifiques sur le campus. J’ai revu mon process : je vais d’abord aller consulter la population que je veux impliquer et co-constuire avec elle et non agréger d’abord des collègues. L’idée est de faire avec et pour mes publics plutôt que l’inverse.
Par ailleurs, je vais aussi essayer cette année de mettre en place un plan de formation pour les collègues sur les questions d’inclusion. Je vais me faire le mégaphone auprès de mes pairs de tout ce qu’on a appris dans SPTT. Idéalement j’aimerais former 15 à 20 personnes par an.
ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme "Science pour toutes et tous" ?
MD : Un grand bol d’oxygène ! Et aussi, une prise de conscience : souvent on croit bien faire et être déjà dans l’inclusion mais c’est, soit insuffisant, soit on a de fausses bonnes idées. Dans la formation, on a appris à décrypter ça.
Et puis, on se rend compte qu’on n’est pas tout seul, que la problématique est partagée, qu’en fait notre secteur professionnel n’est pas assez sensibilisé. Il y a aussi beaucoup d’entre-soi – on a tous au moins un bac + 3 ou bac +8 dans cette formation SPTT. Par contre, les populations qu’on veut toucher n’ont pas forcément ce bagage : il faut donc se décentrer. Partager ses difficultés avec les autres participants à SPTT, entendre comment ils les ont surmontés est inspirant et motivant. On s’apporte du soutien, des conseils. Tout cela crée des échanges positifs et productifs. On a eu beaucoup de discussions entre nous.
Parmi les outils que j’ai aimés, je retiens le KADEIloscope. Il est peut-être un peu rude à la découverte mais si tu prends le temps de passer ton projet au tamis, tu te rends compte qu’il est très bien pour prendre du recul et t’évaluer en cours de projet.
Enfin, l’accompagnement par Ombelliscience a permis de poser des jalons dans cette progression, d’alerter sur des points de vigilance, de diffuser des outils. Vous nous avez rassemblé et avez créé les conditions pour que nous travaillions de concert.
ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment… À votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?
MD : Je multiplierais les 1ères formations initiales pour avoir un plus gros noyau de personnes formées. Il faudrait aussi prévenir que ça va prendre du temps, que ça va nécessiter une remise en question forte. Pour que l’inclusion soit ta préoccupation n° 1 ou 2, il faut se rendre compte du travail que ça va engendrer, notamment auprès des publics, et des méthodes qu’il va falloir changer. Ça doit devenir une priorité, pas un truc en plus mais ça, ça demande une grosse implication.
J’ai trouvé très intéressant que vous, l’équipe d’Ombelliscience, vous vous formiez en même temps que nous. C’était source d’échange parce que vous aviez les mêmes problématiques que nous et vous aviez le temps d’aller chercher des solutions et des outils. On se nourrissait mutuellement, on s’est questionnés ensemble, vous faisiez partie du groupe.
Merci à Catherine Oualian (Ecole de la Médiation), Clémence Perronnet (Agence Phare), à toute l’équipe d’Ombelliscience et à tous les collègues de SPTT ! [Catherine Oualian et Clémence Perronnet ont formé les participantes de SPTT et accompagné Ombelliscience sur les trois années de la formation-action en étant présentes aux temps de regroupement annuels notamment].
Photo (c) Clément Foucard / Ombelliscience
Publié le 10 janvier 2026
