Christelle Demory est animatrice, secrétaire et comptable de la Fédération bidépartementale des Foyers ruraux de la Somme (80) et de l’Aisne (02). En tant que participante à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, elle a été interviewée par Ombelliscience le 9 janvier 2026. Elle raconte son cheminement pour être plus inclusive dans sa manière de travailler et de partager les sciences.
Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?
Christelle Demory : nationalement les Foyers Ruraux œuvrent au développement et à l’animation en milieu rural. C’est une fédération d’éducation populaire qui intervient dans de nombreux domaines tels que : l’enfance et la jeunesse (accueils de loisirs, formations BAFA…), les pratiques artistiques et culturelles (lecture, conte, arts plastiques…), les activités sportives, l’environnement, l’animation sociale, la formation bénévole et l’accompagnement des associations. Les sciences sont une des thématiques abordées parmi toutes celles-là. C’est même une thématique historique au sein de la Fédération bidépartementale Somme et Aisne. Celle-ci compte 32 associations adhérentes et 1600 adhérents individuels. Elle a toujours fait partie du réseau de culture scientifique en Picardie aux côtés des Cemea, de l’association Repères Astro et d’autres. Les foyers ruraux de ces départements participaient autrefois aux "sciences buissonnières" qui étaient une sorte de grosse fête de la science : on y faisait de la science dans les villages. Depuis 14 ans, on organise la Fête de la science à Flixecourt ce qui fait venir autour de 1000 visiteurs entre écoliers, collégiens, parents et habitants.
ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?
CD : c’est faire en sorte que tout le monde puisse avoir accès à nos activités que l’on soit un public handicapé ou un public qui n’aime pas les sciences. On essaie de faire connaitre les sciences sous d’autres formes… Depuis qu’on fait la Fête de la science à Flixecourt, on voit bien qu’on touche tous les publics : même des élèves en difficultés y trouvent leur place. Tout le monde est à l’aise car je fais en sorte que tout se passe bien et je demande bien aux élèves qui animent un stand de s’adapter aux élèves en difficultés, aux personnes en situation de handicap, aux adultes.
ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?
CD : le souci vient plutôt du fait que la personne a un a priori sur les sciences : ce n’est pas qu’elle n’a pas sa place mais elle pense qu’elle n’a pas les capacités. Pourtant, quand je leur donne des exemples de pratiques quotidiennes dans lesquelles les sciences interviennent, là, ça fait tomber les préjugés. Par exemple, je leur demande souvent "dans ta cuisine, tu fais des gâteaux ?". La réponse est souvent "oui" et du coup j’explique que c’est déjà de la science.
Il y a des habitants de Flixecourt qui viennent à la Fête de la science et qui me disent "c’est dommage qu’on n’ait pas fait ça à l’école, on comprend mieux les choses présentées ainsi et on est super contents de venir voir ce que les élèves présentent." Leur rejet des sciences vient de ce qu’ils n’ont pas fait d’étude ou parce qu’à l’école, ils n’ont pas été accrochés par les sciences. Il faut leur donner l’envie de comprendre. Sur cet événement à Flixecourt, ce qui fait que ça marche c’est que ce sont des jeunes qui expliquent les choses et qui sont très motivés car ils ont choisi leur sujet, ont tout pouvoir sur leur présentation, leurs créations et sont autonomes. On ne leur a rien imposé et ils connaissent bien leurs sujets.
ML : Au sein de votre structure, quel a été le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?
CD : je ne sais pas si on peut parler de "1er pas" car j’ai toujours eu des publics porteurs de handicaps ou en insertion… On a toujours fait des choses pour l’inclusion. Pour moi c’était naturel d’intégrer une personne exclue dans un groupe et de faire groupe avec elle. Aujourd’hui, je me pose plus de questions et je m’inquiète plus de savoir si elle a bien participé à l’atelier. Je m’interroge plus sur le sujet. Et, de manière générale, je fais davantage de bilan de fin d’atelier et de fin de formation avec les participants.
ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme "Science pour toutes et tous" ?
CD : ça nous a apporté des outils que j’espère transmettre à mes collègues via une formation que je dois organiser bientôt. J’ai beaucoup apprécié l’outil d’autodiagnostic à l’inclusion "Kadeiloscope", je trouve que c’est un bon outil pour analyser un projet. J’ai aimé aussi les jeux de rôles et les mises en situation. Ça aide à faire changer les mentalités. La formation initiale à l’inclusion avec Catherine Oualian de l’Ecole de la Médiation était super : j’ai aimé sa façon de nous parler et elle a proposé des formats d’animation variés. Les ateliers sur les techniques d’éducation populaire proposés par GAS étaient super aussi.
Ce que j’ai trouvé le plus difficile, c’est de retranscrire l’entretien collectif que j’ai co-animé avec Amanda Dacoreggio (Ombelliscience), dans le cadre de l’enquête sur les publics exclus de la CSTI. Cela a été très compliqué pour moi et ça m’a pris beaucoup de temps.
Par contre j’ai apprécié de pouvoir faire découvrir aux autres le jeu coopératif "la tour de Froebel". C’était bien que vous nous donniez cette occasion d’amener des choses qu’on utilise pour les présenter au groupe. Comme je travaille seule ça me fait du bien parce que ça me montre qu’on s’intéresse à mon travail.
ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment… À votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?
CD : ne changez rien, c’était nickel, tout était bien préparé, les intervenants étaient supers. Pas une seule fois je ne me suis ennuyée. Tout était très adapté à chacun de nous et pourtant, nous étions très divers (des universitaires, des professionnelles du socio-culturels, des médiatrices scientifiques et de musée, des bibliothécaires, etc). Je me suis toujours sentie à ma place et on a toujours été un groupe dans lequel tout le monde a toujours fait attention à tout le monde. C’est pour ça que je suis favorable à ce qu’on se revoit tous.
Photo (c) Clément Foucard / Ombelliscience
Publié le 23 février 2026
