Flore Depeint est enseignante-chercheuse en nutrition à UniLaSalle à Beauvais (60). Elle travaille sur les effets des aliments sur la santé humaine.
UniLaSalle est membre du réseau d'Ombelliscience, Flore Depeint représente l'association au conseil d'administration et contribue aux actions de diffusion de la culture scientifique auprès du grand public.
Interviewée par Ombelliscience le jeudi 18 juin, elle revient sur son parcours, ses sujets de recherche et son engagement pour le partage des connaissances.
Ambre Prevost, qui travaille pour la communication chez Ombelliscience : Présentez-vous et parlez-moi de votre parcours.
Flore Depeint : Je suis enseignante-chercheuse en nutrition. J’ai obtenu un baccalauréat scientifique spécialisé en biologie, ce qui m’a ensuite permis d’intégrer une formation de technicien supérieur en biologie et biochimie. J’ai poursuivi mes études par un Bachelor en biochimie et nutrition en Angleterre, où j’ai eu l’opportunité d’effectuer un stage dans un laboratoire de recherche hospitalier. C’est grâce à ce stage que j’ai eu un coup de cœur pour la recherche scientifique.
Après mon diplôme, j’ai pris une année de césure afin de rester dans ce laboratoire avant de débuter ma formation de docteure en biologie et nutrition, toujours en Angleterre, puis de partir au Canada pour faire de la recherche en nutrition pendant 3 ans.
À mon retour en France, je me suis demandée comment je pouvais poursuivre cette activité de recherche. C’est ainsi que je suis arrivée à UniLaSalle, à Beauvais il y a 18 ans, en tant que chercheuse puis progressivement avec plus d’activités d’enseignement.
AP : Que faites-vous principalement en tant qu'enseignante-chercheuse ?
FD : En tant qu’enseignante aussi bien que chercheuse, les thématiques qui me tiennent à cœur sont la transparence de la communication et les effets santé associés à notre alimentation. En bref, je m’intéresse à la manière dont les industriels peuvent valoriser les effets de leurs produits sur la santé. Mon objectif est de déterminer s’il y a de réels bénéfices observables sur la santé tels que : la réduction du cholestérol, l’amélioration de la glycémie, une meilleure qualité de vie, etc.
Le cœur de mon métier est d’essayer de garder la confiance des consommateur·ices dans leur alimentation et dans leurs comportements alimentaires.
En parallèle de mes recherches, j’adore la vulgarisation scientifique. C’est une passion personnelle, je pense qu’il est bien de chercher mais c’est encore mieux de transmettre. Pendant ma thèse, j’organisais des expériences de recherche dans des écoles primaires. Lorsque je suis arrivée à Beauvais, j’ai créé un module d’enseignement où mes étudiants et étudiantes allaient réaliser des interventions dans des écoles primaires.
AP : Est-ce que l’enseignement auprès des étudiant·es vous apporte beaucoup dans vos recherches ?
FD : Oui. Sur les deux dernières années du diplôme nous avons une approche de formation par la recherche. Chaque année, nous proposons aux étudiant·es des sujets directement liés à nos activités de recherche et nous leur demandons d’imaginer de nouveaux produits, de réaliser des analyses et de proposer des innovations. Souvent, ils nous surprennent par leurs idées et nous permettent d’avoir un regard différent sur les projets que nous menons.
AP : Qu’est-ce que vous aimez dans vos sujets de recherche ? En quoi est-ce important à vos yeux ?
FD : Sur le volet de validation des effets sur la santé, l’objectif est de garantir la transparence et de rétablir une relation de confiance entre les consommateur·ices et l’agroalimentaire. Il faut montrer que ces deux mondes ne sont pas forcément opposés. Certains acteurs de l’industrie agroalimentaire ont une réelle volonté d’améliorer le bien-être et la santé des consommateurs.
En ce qui concerne la vulgarisation, j’aime développer et proposer différents supports pour rendre la science plus accessible à toutes et tous. Par exemple, je travaille sur des jeux pédagogiques, des affiches, des articles de vulgarisation ou encore des animations pour la Fête de la science.
J’aime me rappeler que la recherche n’est pas seulement faite pour nous les scientifiques. On recherche avant tout pour le public, et c’est cette transmission des savoirs qui est tout aussi importante.
AP : Pouvez-vous me parler d’un de vos sujets de recherche ?
FD : Je fais partie de l’unité de recherche IDEALISS à UniLaSalle et nous nous intéressons à la place de l’alimentation dans la santé des populations, de l’homme à l’animal.
Au sein de l’équipe, nous avons mis en place plusieurs projets sur les produits de boulangerie. Notre curiosité s’étend du choix des céréales de la farine, au type de fermentation (levure ou levain), ou procédés de pétrissage et de cuisson etc. Ce que nous mesurons peut porter sur l’analyse de la composition nutritionnelle, de la digestibilité, du profil aromatique responsable du gout et des odeurs, et bien sûr les effets sur la santé. C’est d’ailleurs cette thématique que nous avons choisie de développer cette année lors de la Fête de la science.
Nous avons récemment terminé un projet en partenariat avec un meunier. Nous sommes partis de deux constats : la population française ne mange pas assez de fibres et les maladies comme le diabète sont en augmentation. L’objectif était de développer un pain riche en fibres tout en conservant des caractéristiques sensorielles que l’on retrouve dans le pain blanc traditionnel.
Le pain complet est reconnu pour ses bénéfices nutritionnels, mais il est souvent perçu comme plus sec, moins moelleux et moins agréable à consommer. Le meunier avait développé un procédé permettant de modifier les fibres naturellement présentes dans la farine et s'interrogeait sur l’impact que cela aurait sur la santé.
Nous avons caractérisé ces nouvelles farines dans nos laboratoires de chimie, puis fabriqué différents pains afin d’évaluer leurs propriétés sensorielles. Nous avons ensuite réalisé une étude clinique auprès de volontaires en bonne santé afin d’évaluer l’indice glycémique des différentes farines. L’objectif final était de proposer des alternatives à la fois saines et gourmandes pour les personnes diabétiques par exemple.
AP : Combien de temps vous prend ce type de recherche ?
FD : Cela dépend du type de partenariat qu'on met en place avec les industriels. Pour certains projets, il faut juste valider un point très particulier, cela peut durer quelques semaines ou quelques mois. Avec celles et ceux qui sont plus curieux/curieuses et ambitieux/ambitieuses, on peut mettre en place des programmes beaucoup plus complets sur plusieurs années.
AP : Que représente pour vous la Fête de la science ? Est-ce que vous avez des anecdotes à me partager ?
FD : Depuis 10 ans, je participe à la Fête de la science avec l’établissement UniLaSalle. Chaque année, nous essayons de proposer trois ateliers. Nous essayons de construire des ateliers qui s’inscrivent à la fois dans la thématique nationale de l’événement et dans ce que proposent nos formations.
Cette année, par exemple, le thème est « saveurs savantes ». Nous allons proposer des ateliers autour du goût issu des cailloux, de l’alimentation animale et humaine. Nous préparons notamment un atelier consacré aux cinq sens à travers le pain.
Ce que j’apprécie dans la Fête de la science, c'est la diversité des thématiques où nous essayons tous les ans d'imaginer, peu importe la thématique, comment nous allons pouvoir la rattacher au sol, à l'agronomie et à l'alimentation.
C’est un vrai travail d’équipe réalisé avec des collègues de différents services. Nous travaillons également avec des étudiant·es qui nous aident dans la création des ateliers. Leur regard apporte souvent des idées originales auxquelles nous n’aurions pas pensé.
J’aime beaucoup aussi le fait de devoir adapter nos animations aux différents publics. Pour la petite anecdote, il y a quelques années, lors de l’édition sur le changement climatique, nous avions préparé un jeu sur les protéines végétales pour des élèves de CM1-CM2. Quelques jours avant l’événement, nous avons découvert qu’une classe sur deux était en maternelle. Nous avons eu ainsi moins de 48 heures pour repenser entièrement notre atelier avec différentes versions en fonction de l’âge des enfants.
À la fin de la semaine, l’atelier n’avait plus grand-chose à voir avec sa version initiale, mais finalement on s’adapte et cela finit toujours par fonctionner.
Publié le 25 juin 2026

Le réseau régional de culture scientifique est très heureuse d’accueillir 4 nouveaux membres : le Musée de la Figurine (60), IESF Hauts-de-France (59), la médiathèque du Crotoy (80) et Luc Villemant.
Qui sont ces 4 structures et pourquoi ont-elles souhaité adhérer au réseau ?
MUSÉE DE LA FIGURINE
Ouvert en 2026 au cœur de l’ancienne école d’État-major de Compiègne, le nouveau musée de la Figurine propose, au fil d’un parcours rénové, l’art de la figurine d’hier et d’aujourd’hui. Seul musée de cette importance dédié au monde de la figurine, le public y découvre le savoir-faire, les techniques et les grands noms de cet art populaire à travers une extraordinaire collection de figurines et de dioramas.
En rejoignant le réseau Ombelliscience, le nouveau musée de la Figurine de Compiègne souhaite valoriser la culture scientifique technique et industrielle de la région Hauts-de-France, bénéficier des ressources disponibles et participer aux évènements dédiés.
Le musée a également souhaité adhérer à l’association afin de faire découvrir au public et aux acteurs et actrices du réseau :
INGÉNIEURS ET SCIENTIFIQUES DE FRANCE(IESF) HAUTS-DE-FRANCE
L’association IESF Hauts-de-France représente les ingénieurs et scientifiques de la région. Elle fait le lien entre les associations régionales des Alumnis d’Ecoles d’Ingénieurs et fait rayonner les métiers de ses membres et l’IESF au niveau régional. Elle est délégataire de IESF France.
IESF Hauts-de-France a souhaité adhérer au réseau car la structure souhaite devenir un acteur influent de la culture scientifique et technique régionale et porte plusieurs objectifs communs avec Ombelliscience.
MÉDIATHÈQUE DU CROTOY
Située en Baie de Somme, la Médiathèque du Crotoy est un service public municipal dynamique, conçu comme un lieu de vie, d’échange et de découverte pour tous les habitants et les visiteurs de passage.
En plus de ses collections de lecture publique, l'établissement se distingue par une programmation culturelle et citoyenne ambitieuse. Elle accorde une place essentielle à la médiation numérique (avec Somme Numérique) et les ressources numériques de la bibliothèque départementale, à la culture scientifique (à travers la mise en valeur de l'histoire locale, de la biodiversité et de la littérature d'anticipation), ainsi qu'à l'Éducation aux Médias et à l'Information (EMI). À travers des ateliers pratiques, des rencontres avec des auteurs, des journalistes et des chercheur·ses, la Médiathèque s'efforce de donner à chacun·e les clés de compréhension du monde contemporain.
En s'appuyant sur son ancrage territorial et son ouverture aux transitions actuelles, la Médiathèque du Crotoy s'affirme comme un tiers-lieu culturel de proximité, accessible, inclusif et résolument tourné vers le partage des savoirs.
La médiathèque du Crotoy a souhaité adhérer au réseau Ombelliscience afin de s’appuyer sur l'expertise, les ressources documentaires et les outils itinérants du réseau pour enrichir et structurer sa programmation (notamment autour des enjeux environnementaux de la Baie de Somme, du numérique et de l'histoire des sciences).
Par ailleurs, intégrer ce réseau régional représente une opportunité formidable de partager ses propres expériences de terrain, de collaborer avec de nouveaux partenaires scientifiques et culturels, et de participer activement à la dynamique de partage des savoirs à l'échelle des Hauts-de-France.
LUC VILLEMANT
Luc Villemant est professionnel de la culture, de l’éducation populaire et de l’action sociale depuis de nombreuses années.
Enagagé pour faire connaître et pratiquer les arts du cirque, il a été directeur de plusieurs centres socio-culturels, notamment dans le sud de l'Oise.
Convaincu que les sciences font partie de la culture au même titre que les arts, il a encouragé une programmation d’ateliers scientifiques intégrés dans le projet du centre social et recruté une médiatrice scientifique.
Actuellement en pré-retraite, il est engagé en tant que bénévole au sein d’un tiers-lieu culturel à Longvilliers - 62 (La Palette) créé en 2023. Il rejoint aujourd’hui le réseau Ombelliscience pour continuer à faire dialoguer les arts et les sciences dans l’action culturelle.
Publié le 25 juin 2026



Les membres du conseil d’administration (CA) d’Ombelliscience du 11 juin dernier ont salué l’engagement solide et l’implication forte de Marc-André Fliniaux en tant que Président de l’association depuis 2017 pour développer la culture scientifique en Hauts-de-France. Élu à l’unanimité par les membres du CA, Sylvain Lecomte succède ainsi à Marc-André Fliniaux à la présidence d'Ombelliscience.
Ce changement de présidence est une nouvelle étape significative dans la vie de l’association. Mais que sait-on de ce nouveau Président ? Aurélie Fouré, chargée de communication du réseau Ombelliscience, a voulu en savoir plus et est allée à sa rencontre.
Aurélie Fouré : Peux-tu te présenter et expliquer ton parcours ?
Sylvain Lecomte : Je suis salarié d’une entreprise agricole en tant que chercheur en pathologie végétale et en amélioration du lin et je suis aussi vulgarisateur – scientivore, une petite entreprise que j’ai créée il y a 5 ans.
Après un bac S, j’ai commencé l’université en m’inscrivant à l’UFR de Pharmacie mais la biologie végétale me passionnait plus que la biologie humaine. J’ai donc continué en Licence de Biologie – Ecologie (Université Picardie Jules Verne-UPJV) puis en biotechnologies (UPJV & Université de Technologie de Compiègne-UTC). J’ai enfin réalisé une thèse de doctorat en CIFRE (Conventions industrielles de formation par la recherche) chez Linéa SEMENCES (mon employeur actuel) en physiologie cellulaire et moléculaire des plantes. À la suite de mon doctorat, j’ai été embauché en tant que responsable du laboratoire de pathologie, puis coordinateur de la recherche et maintenant directeur adjoint.
En parallèle de cela, à la sortie de la pandémie COVID, je me suis énormément questionné sur la culture générale scientifique et j’ai souhaité y prendre part : le projet Scientivores est né comme cela. L’objectif est de rendre accessible les sciences, de montrer que c’est une activité culturelle parmi d’autres pour toutes et tous et que les sciences sont amusantes ! C’est à la genèse de ce projet que j’ai rencontré Ombelliscience : j’y ai directement adhéré.
A.F. : La culture scientifique, c’est quoi pour toi ?
S.L. : C'est rendre la science vivante, accessible, désirable, amusante. Ce n'est pas vulgariser au sens de simplifier à l'extrême, c'est créer des ponts entre les chercheuses chercheurs, les savoirs et la société. C’est valoriser la recherche et la communiquer. La culture scientifique, c'est aussi apprendre à questionner et à critiquer : des compétences plus que jamais essentielles.
A.F. : Pourquoi as-tu souhaité rejoindre le réseau Ombelliscience ?
S.L. : Parce qu'on est plus forts ensemble et parce que l’on va plus loin. Ombelliscience fédère des acteurs et actrices aux multiples visages qui partagent la même conviction : la science appartient à tout le monde. Les nombreux événements d’échanges et de partages d’expériences nous permettent de nous connaître et de nous améliorer.
Rejoindre ce réseau, c'est une contribution à cette dynamique collective à l'échelle des Hauts-de-France.
A.F. : Comment vois-tu ton rôle de Président d’Ombelliscience ?
S.L. : Je vois mon rôle comme celui d'un facilitateur. Notre région regorge d'acteurs et actrices aux multiples visages : des universités, des passeurs et passeuses de sciences dans les bibliothèques, des animateurs et animatrices dans les associations, des musées de sciences et techniques... Mon but est de maintenir des ponts entre eux au travers du réseau.
C'est d'autant plus crucial aujourd'hui, face à la montée des fausses informations et d'une certaine défiance envers la science. La culture scientifique n'est pas qu'une accumulation de savoirs : c'est une méthode pour apprendre à douter, à vérifier les sources et à aiguiser son esprit critique. En unissant nos forces, nous pourrons mieux armer les citoyens et citoyennes, dès le plus jeune âge, pour décoder le monde avec discernement et recréer un lien de confiance solide avec la démarche scientifique.
A.F. : Quelles sont tes priorités pour l’association ?
S.L. : Renforcer les liens entre les membres du réseau, développer notre visibilité et notre impact auprès des publics exclus.
A.F. : Si tu pouvais passer une journée avec une personnalité célèbre du monde scientifique, qui choisirais-tu et qu’aimerais-tu lui demander ?
S.L. : Sans hésitation, Jean-Baptiste de Lamarck ! Non seulement ce grand naturaliste est picard (il est né dans la Somme), mais c'est aussi le père de la biologie. Il a été l'un des premiers à théoriser l'évolution du vivant et à participer à la fondation du Muséum national d'Histoire naturelle.
J’aimerais lui poser cette question : "Comment s'y prend-on pour faire accepter des idées nouvelles à une société qui n'est pas encore prête à les entendre ?"
A.F. : Quel message aurais-tu envie de passer aux jeunes ?
S.L. : Que la curiosité est la plus grande des forces. Posez des questions, aucune n’est bête ! Soyez passionné·es. Les plus grandes découvertes scientifiques ont commencé avec une question naïve.
Et surtout, ne laissez pas les sciences vous faire peur. La science n'est pas réservée aux blouses blanches : c'est une façon de voir le monde, de le questionner, de s'émerveiller. Un enfant qui observe une fourmi avec fascination fait déjà de la science sans le savoir.
Enfin, soyez patients avec vos doutes. C'est le point de départ de toute démarche scientifique. Dans un monde qui va vite et qui veut des certitudes immédiates, savoir dire "je ne sais pas (encore)" est une vraie force.
Publié le 22 juin 2026


