À l’occasion de l’Assemblée Générale (AG) d’Ombelliscience du mardi 12 mai à Amiens, l’association invite le réseau de culture scientifique régional à venir célébrer de manière conviviale la fin de la formation-action sur l’inclusion "Sciences pour toutes et tous en Hauts-de-France" (SPTT).
Après l’AG du matin, les personnes présentes pourront se retrouver l’après-midi pour vivre des méthodes d’inclusion à la médiation scientifique.
Au programme : brise-glace d’interconnaissance, témoignages, réalisation d’une fresque en live et parcours en déambulation à travers plusieurs ateliers interactifs.
Une manière de clôturer ce programme de 3 années, de valoriser ses participant·es et de se retrouver (une dernière fois) pour continuer à échanger autour du sujet de l’inclusion en sciences.
Rendez-vous jeudi 12 mai à la Maison de la Culture à Amiens, salle Jean Vilar de 14h à 16h45.
Vous êtes intéressé·e pour venir ? Inscrivez-vous via CE LIEN avant le 29 avril 2026.
Publié le 02 avril 2026

Justine Dubail-Rulkin est chargée de communication et de développement des publics au Centre Historique Minier de Lewarde (59). En tant que participante à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, elle a été interviewée le 19 janvier. Elle raconte son cheminement pour être plus inclusive dans sa manière de travailler et de partager les sciences.
Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?
Justine Dubail-Rulkin pour le Centre Historique Minier : Le Centre Historique Minier (CHM) est ouvert au public depuis 1984 et rassemble 3 entités : un musée de la mine avec des collections thématiques installées dans les bâtiments d’origine de la fosse Delloye pour décrire les conditions de vie et de travail des mineurs ; le centre d’archives et de ressources documentaires qui proviennent des anciennes compagnies minières et des Houillères du Bassin minier du Nord et du Pas de Calais ; et, pour terminer, le centre de culture scientifique de l’énergie pour replacer l’histoire du charbon dans l’histoire plus générale des énergies. Le Centre Historique Minier accueille en moyenne 150 000 visiteurs par an, avec un public varié : 60% provient des Hauts-de-France, 40 000 sont issus du monde enseignant (élèves et professeurs compris) et on accueille aussi des personnes porteuses de handicaps et des publics en rupture sociale.
ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?
JDR : pour moi c’est une notion assez vaste. J’aime bien la résumer en disant que c’est faire avec les publics et non pour eux. Cela implique de ne pas présupposer les attentes des personnes mais de leur demander directement leurs envies et besoins. Et ça nous oblige à nous décentrer de notre position de professionnel-les de la culture voulant transmettre des connaissances. L’inclusion c’est aussi faire accéder aux lieux, permettre que les personnes se sentent légitimes à entrer dans notre musée, qu’elles se sentent ici chez elles et à l’aise. Essayer de lever les freins à leur venue, c’est déjà le premier pas et il peut être compliqué.
ML :Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?
JDR : je dirais que non, elles devraient l’être mais elles ne le sont pas naturellement. Comme on l’a vu dans l’étude sur les publics exclus, quand on pense « scientifiques », on a encore souvent cette image de l’homme âgé en blouse blanche qui vient à l’esprit. Dans cette même enquête, les sciences, pour les personnes qui en sont exclues, c’est intimidant et/ou associé à un mauvais souvenir d’école. Et puis, comme nous l’a expliqué Clémence Perronnet(1) dans la formation, il y a tous ces préjugés sociaux qui nous font croire que la science c’est plutôt pour les garçons et qui font que les filles vont s’en exclure naturellement. Le fait d’offrir des poupées aux petites filles et des mallettes scientifiques aux garçons, ça ancre ces manières de voir les choses dans la société… On voit donc qu’il y a encore du chemin à faire et des freins à lever. Nous on est là pour ouvrir ce regard et ouvrir la science à toutes et tous.
ML : Au sein de votre structure, quel a été ou quel serait le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?
JDR : Un groupe de travail avait déjà été créé au Centre Historique Minier dans les années 2005-2015 pour mener des actions sur l’amélioration des conditions d’accueil des publics en situation de handicap mais c’était principalement axé sur l’accessibilité. Grâce à SPTT, ma collègue Audrey Lampérière et moi-même(2), on s’est rendu compte qu’il y avait encore beaucoup à faire et que les publics exclus sont plus vastes que ceux pour lesquels on avait fait ces démarches (il ne s’agit pas seulement des personnes porteuses de handicaps). Mais ça demande du temps et une vraie prise de conscience pour s’y mettre.
Notre première action inclusive a porté sur l’Art d’Accéder à l’Emploi(3) pour travailler avec les demandeurs d’emploi du territoire. On ne pouvait pas travailler l’amont de cette action-là avec eux mais on s’est attaché à faire évoluer l’action au fur et à mesure de sa réalisation : on a fait ce qu’on a pu pour qu’ils soient vraiment à l’aise, qu’ils voient qu’on tenait compte de leur avis et qu’on modifiait l’action au fur et à mesure de leurs remarques. Le but de l’action c’est qu’ils soient plus à l’aise dans leur vie de tous les jours et qu’ils aient moins d’appréhension face à un futur employeur, qu’ils retrouvent confiance en eux, qu’ils se sentent moins exclus des lieux de culture, qu’ils puissent venir au musée sans avoir peur de pousser la porte.
ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme "Science pour toutes et tous" ?
JDR : beaucoup de choses. Déjà, Audrey et moi, on a réalisé pas mal de diagnostics en utilisant l’outil Kadeiloscope. C’est d’ailleurs un outil qu’on veut transmettre aux collègues pour qu’ils puissent l’utiliser de manière incontournable au début de chaque action. On s’est aussi servi des outils d’animation de groupe issus de l’éducation populaire comme les idées de brise-glace qui permettent de mettre les personnes à l’aise avant de débuter un atelier.
Il y a eu une grande richesse des échanges sur toute la durée de la formation SPTT et aussi une grande écoute des uns et des autres. On a partagé nos expériences, nos échecs parfois et on a réussi à créer une communauté sur laquelle on peut s’appuyer aujourd’hui en cas de besoin.
Lors du dernier regroupement régional(4) j’ai aimé que chacun fasse son retour d’expérience : ça nous a permis d’identifier qu’il y avait les mêmes problématiques chez les uns et les autres. On a vu qu’on était tous dans le même bateau. Ça me conforte dans l’idée que ça demande du temps à toutes et tous et que, par-delà la diversité des structures et de leurs moyens, les problèmes restent les mêmes : le temps et l’argent.
ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment…à votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?
JDR : À mon niveau, j’aurais souhaité que plus de collègues participent en même temps qu’Audrey et moi. Ça aurait été plus impactant qu’ils participent eux-mêmes plutôt qu’on leur fasse des retours : s’ils avaient entendu les témoignages de personnes exclues, ils auraient mieux retenu les freins à l’inclusion. Au Centre Historique Minier, l’inclusion est travaillée par différents services : l’accueil, la conception des expositions, la médiation, la boutique… ça touche beaucoup de monde, y compris la direction et les directeurs de service qui peuvent impulser des dynamiques et faire rayonner cet enjeu au niveau de la structure…
Au niveau de l’accompagnement d’Ombelliscience, c’était déjà bien. Peut-être qu’on aurait pu avoir encore plus de temps d’échange et des échanges encore plus réguliers mais en même temps, on avait tous des emplois du temps bien chargés et il aurait été compliqué de nous libérer davantage…
(1)Clémence Perronnet est sociologue de la culture, autrice des ouvrages La Bosse des maths n’existe pas, co-autrice de Matheuses, les filles avenir des mathématiques et d’une thèse intitulée La culture scientifique des enfants en milieux populaires : étude de cas sur la construction sociale du goût, des pratiques et des représentations des sciences. Elle travaille aujourd’hui au sein de l’Agence Phare, agence d’études, de recherche et de conseil et a, à ce titre, formé les professionnelles engagées dans SPTT pour Ombelliscience.
(2)Justine a suivi la formation SPTT aux côtés de sa collègue Audrey Lampérière, médiatrice culturelle au Centre Historique Minier.
*(3)L’art d’accéder à l’emploi est un dispositif créé par France Travail et animé en collaboration avec des structures culturelles, voir ICI.
(4)La formation a duré 3 ans et en 2ème et 3ème année, deux regroupements annuels de 2 jours consécutifs ont été organisés pour permettre aux 37 professionnelles de se retrouver et d’échanger sur leurs avancées. Le 4ème et dernier regroupement régional de SPTT a eu lieu à Le Wast dans le Pas de Calais en novembre 2025.
Publié le 02 avril 2026

Benoît Morel est chargé de culture scientifique et numérique pour le réseau des médiathèques du Beauvaisis (60). En tant que participant à la formation-action "Sciences pour Toutes et Tous" (SPTT) coordonnée par Ombelliscience, il a été interviewé le 24 octobre. Il raconte son cheminement pour être plus inclusif dans sa manière de travailler et de partager les sciences.
Marie Lemay pour Ombelliscience : Pouvez-vous présenter votre structure en quelques mots et expliquer en quoi elle a un lien avec la culture scientifique ?
Benoît Morel : Je gère une section de la médiathèque du centre-ville de Beauvais appelée l’imaginarium. C’est un espace consacré à la musique, aux jeux vidéo et au numérique. Et j’ai aussi une casquette culture scientifique et numérique au sein du réseau des médiathèques du Beauvaisis. La médiathèque a pour vocation de donner accès à la culture, le plus largement possible en donnant l’accès à tous les points de vue. La culture scientifique y a sa place, naturellement - a minima avec les ouvrages ou revues de nos collections -. Mais on peut aller plus loin et proposer de l’action culturelle scientifique dans un lieu plutôt associé à la littérature et à l’imaginaire.
ML : C’est quoi pour vous l’inclusion en général ?
BM : C’est peut-être ne laisser personne sur le carreau. Et sortir de l’idée qu’un établissement comme le nôtre ne s’adresse qu’à un public restreint et non au plus grand nombre. Dans les faits, cela se traduit par des orientations quant à nos achats de documents. Il faut pouvoir proposer des ouvrages accessibles au plus grand nombre, à côté de titres plus pointus. Mais nous savons bien en interne que les médiathèques doivent se penser aujourd’hui au-delà des seules questions de collections. Elles ne se résument pas à cela ; il s’agit aussi d’accueil et de services dont le rôle est fondamental sur la question de l’inclusion. On parle ici de proposer des places assises, pour simplement se rassembler ou discuter autour d’une boisson, à associer à des services - donner accès à des ordinateurs, proposer des animations gratuites ou permettre de jouer à plusieurs et ensemble à des jeux vidéo -. Le défi étant d’inviter les publics à rentrer sans être intimidés par l’image ou la représentation qu’un tel établissement peut donner. br> C’est très prosaïque mais j’insiste souvent sur les sanitaires en médiathèque –ce n’est pas si anecdotique. En général, quand vous êtes dans une ville que vous ne connaissez pas et que vous avez besoin de sanitaires, vous cherchez la médiathèque ! Implicitement, cela témoigne d’un esprit d’ouverture qui se veut inclusif.
ML : Selon vous, les sciences sont-elles naturellement inclusives ? Pourquoi ?
BM : Les sciences s’adressent à tous – c’est un principe fondamental pour moi, qui m’a toujours guidé. Parce que la curiosité nous anime tous, que nous avons tous la volonté de comprendre et d’interroger ce qu’il y a autour de nous. La culture scientifique joue un rôle important pour trouver sa place dans le monde. C’est juste que parfois ce n’est pas si simple d’accéder à la compréhension, cela nécessite un certain engagement même si beaucoup est mis en place pour accompagner.
Moi le premier : un peu fatigué, je ne vais pas me lancer dans un podcast ou un ouvrage un peu soutenu. Et je sais que ma place est privilégiée : pour beaucoup, c’est aussi un luxe de prendre ce temps si ce n’est pas une nécessité : la physique quantique, pour la majorité, ce n’est pas ce qui remplit le frigo ! Mais mon intention a toujours été de réveiller cette étincelle de curiosité chez les personnes, cela reste mon moteur. Face à un public de 7 à 10 ans qui a une curiosité folle, qui est gourmand, c’est super ! Mais qu’est-ce qui fait que ça s’éteint ensuite ? Est-ce dû à l’enseignement des sciences ? Au traitement médiatique ou à un ensemble de choses qui fait que les sciences se coupent du grand public… ? A cet aspect « non prioritaire » au quotidien ? Et puis, les sciences se trimballent des clichés qui s’appuient sur une réalité : une culture masculine de personnes très diplômées. C’est masculin, blanc, cinquantenaire et je m’inscris dans cette catégorie. Si je ne me sors pas de ma représentation, ce sera délicat d’aller rencontrer les publics.
ML : Au sein de votre structure, quel a été le 1er pas concret pour être dans une démarche plus inclusive ?
BM : La démarche SPTT a conforté une réflexion que nous avions tous entamée, plus ou moins fortement : il existe un public qu’on ne voit pas au sein de nos murs, et cela questionne. Le premier pas concret, le plus significatif, c’est de penser le bâtiment en premier lieu pour les usagers, ensuite pour les collections. Il y avait déjà eu des aménagements avant mon arrivée mais nous avons récemment accentué cela. Je sais que « retirer les livres » peut paraitre contre-intuitif pour ce qu’on imagine être une médiathèque. Et que cette réduction des collections peut même heurter beaucoup de personnes. Mais les ouvrages n’ont pas d’autres raisons d’être là que pour être lus ; quand ce n’est pas le cas pour une partie d’entre eux, il faut se poser les bonnes questions… Réduire les collections, c’est permettre de proposer plus de places assises et d’offrir plus de services, pour favoriser l’inclusion. A nous ensuite d’en profiter pour penser la médiation vers la culture, sous d’autres formes. Pour le reste, il y a plusieurs autres leviers, trop nombreux à lister. Par exemple rappeler que l’accès est ouvert à tous et proposer une inscription gratuite pour tous. Aller vers les publics empêchés pour des animations dédiées, parfois hors les murs. br> L’inclusion c’est aussi la prise en compte de tous les publics dans les orientations d’achat d’ouvrages et dans les services. Côté sciences par exemple, je suis hésitant à acheter des ouvrages pointus ; je privilégie des ouvrages vulgarisés en profitant du développement actuel au format BD par exemple. br> Et je me réjouis qu’on puisse accueillir une opération populaire comme le village des sciences depuis quelques années – c’est précieux de pouvoir faciliter la rencontre avec les acteurs de la culture scientifique et de donner accès aux savoirs sous une forme dynamique.
ML : Que vous a apporté l’accompagnement par Ombelliscience et le collectif de professionnel·les qui se forment à vos côtés dans le programme "Science pour toutes et tous" ?
BM : Tout d’abord, il y a quelque chose de rassurant à constater qu’on n’est pas seul à affronter certaines problématiques, avec un constat partagé. Mais surtout que nous sommes nombreux et solidaires pour améliorer la suite des choses ! Il y a eu la possibilité de découvrir tout un ensemble d’outils - certains nous parlant plus que d’autres, personnellement ou professionnellement. A titre personnel, je suis allé regarder du côté des questions d’expérience utilisateur ou des pratiques de facilitation graphique. Ces champs-là qui m’ont interpellé, m’obligeant à m’interroger sur l’information et comment elle se communique efficacement, auprès du plus grand nombre. Ce programme, c’est aussi une invitation à se remettre en question, à repenser les notions qui nous structure… sortir des clichés et s’interroger en son for intérieur, ce qui n’est pas si commode ou agréable. J’ai conscience qu’il y a une hiérarchie sociale et que je suis privilégié… En corolaire, les outils diffusés nous ont permis de nous interroger nous-mêmes, au sein de nos équipes et de nos services, pour regarder si nous ne sommes pas excluants et discriminants. Sommes-nous inclusifs dans nos équipes ? Il y a une hiérarchie sociale entre agents : entre ceux qui décident d’acheter les livres, et ceux qui les recouvrent ou placent les codes-barres dessus – ce ne sont pas forcément les mêmes … Pourquoi des collègues qui habitent à proximité n’étaient jamais venus avant d’y trouver un poste… ?
ML : Si c’était à refaire, que feriez-vous différemment… À votre niveau, au sein de votre structure, et au niveau de l’accompagnement proposé par Ombelliscience ?
BM : Dans la formation, j’étais en périphérie car je n’ai pas pu m’engager plus. J’en ai retiré beaucoup, mais d’autres collègues auraient sans doute été de meilleurs interlocuteurs, plus doués pour intégrer d’autres collègues dès le départ, ce que je n’ai pas pu ou su faire ; Les rencontres [proposées par SPTT] demandent beaucoup de temps et de disponibilités mais il y a eu des rencontres plus souples dans les formats, des productions d’outils simples à reprendre, des échanges plus restreints. J’espère que cela permettra d’aboutir à quelque chose de très facile à transmettre, en soi très inclusif.
Publié le 31 mars 2026
