Actualités

Tout Rencontres pro Doctorants Projets pour jeunes Fête de la science Études Formations Interventions extérieures Plaidoyer Outils mutualisés Vie de l'association Médias-Presse Expositions Autres

Interview de la chercheuse Élodie Choque : Transformer les déchets de l’agroalimentaire en quelque chose d’exploitable et utile

Élodie Choque est maître de conférences au sein du département Génie Biologique de l’IUT d’Amiens et chercheuse à l’UMRT BioEcoAgro dans l’équipe Solutions for Health. Elle travaille sur l’impact des innovations dans l’alimentation et la santé humaine. Interviewée par Ombelliscience le 16 juin 2026, elle explique son métier, ses sujets de recherche et son implication dans la Fête de la science.

Ambre Prevost, qui travaille pour la communication chez Ombelliscience : Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir scientifique ?

Elodie Choque : Tout a commencé au collège, lors de mes premiers cours sur la génétique et les molécules d’ADN, j’ai rapidement été fascinée par ces sujets. Au départ, je souhaitais m’orienter vers des études de médecine. Mon père étant militaire, il m’a donné l’idée de réaliser des études dans la médecine navale. Les choses ont finalement pris une autre tournure, mon projet a évolué et je me suis orientée vers une prépa « biologie, chimie, physique et sciences de la Terre » (BCPST), aujourd’hui appelée prépa Agro-Véto. Cette prépa m’a ensuite menée vers une école d’ingénieur et c’est ainsi que j’ai découvert la biologie végétale et la microbiologie. J’ai donc choisi de construire ma carrière dans ces disciplines.

AP : Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?

EC : J’apprécie l’équilibre qu’offre mon métier d’enseignante-chercheuse, avec 50% d’enseignement et 50% de recherche. Lorsque nous rencontrons des difficultés dans nos travaux de recherche, l’enseignement nous permet de prendre du recul et de résoudre des problèmes plus facilement.

Ce que j’aime dans l’enseignement, c’est partager mes connaissances aux nouvelles générations afin qu’elles puissent, à leur tour, continuer d’innover.

AP : Est-ce que l’enseignement vous apporte beaucoup dans vos recherches ?

EC : Oui. L’enseignement m’oblige à expliquer des notions complexes à un public qui n’a pas les mêmes connaissances que moi. Il faut vulgariser ses propos tout en étant précise. Cela m’est utile dans mes recherches afin d’éviter de simplifier une notion et d’être la plus compréhensible possible.

AP : Pouvez-vous me parler de vos sujets de recherche et m’expliquer en quoi ils sont importants à vos yeux ?

EC : Mes travaux de recherche reposent sur quatre mots-clés.

Tout d’abord, l’interdisciplinarité, elle se joue dans les sciences techniques, humaines et sociales. Pour développer des innovations, il est essentiel de prendre en compte les attentes des consommateurs et les besoins des industriels.

Le deuxième mot-clé est l’économie circulaire. La durabilité et la soutenabilité sont au cœur de nos travaux. Nous cherchons à produire des innovations qui prennent en compte l’impact environnemental, économique et sociétal.

Le troisième ce sont les biomatériaux, je souhaite développer des alternatives biosourcées à des matériaux qui sont actuellement pétrosourcés.

Enfin, le dernier c’est la valorisation des agro-ressources, je récupère des coproduits ou des déchets de l’agroalimentaire afin de leur donner une nouvelle valeur. Nous exploitons des matières premières qui ne sont pas exploitées afin d’obtenir un produit fini qui peut être ensuite utilisé par les industriels ou les consommateurs. L’objectif est de créer de nouvelles chaînes de valeurs tout en limitant le gaspillage.

Par exemple dans une culture d’endives, l’endive est exploitée, mais sa racine ne l’est pas, elle représente ainsi un déchet. Nous allons transformer ce déchet en quelque chose d’exploitable et d’utile. Ici, je vais utiliser la racine d’endive afin d’en faire des emballages biodégradables. L’objectif est d’utiliser l’ensemble de la production, d’éviter les déchets et de remplacer les emballages plastiques par des emballages biodégradables.

AP : Pouvez-vous me donner un exemple de sujet de recherche sur lequel vous avez travaillé ?

EC : L’un des projets portés par ma collègue Nathalie Julian et sur lequel je travaille également concerne la waide, également appelée « pastel des teinturiers ». Cette plante non alimentaire cultivée principalement au Moyen Âge pour produire un pigment bleu. Son utilisation a peu à peu disparu avec l’arrivée des colorants de synthèse.

Aujourd’hui, notre objectif est de réimplémenter la production de waide dans la région Hauts-de-France. Nous ne nous intéressons pas seulement au pigment, mais à l’ensemble de la plante. Nous cherchons à valoriser ses racines, ses graines, ses fleurs ou encore ses feuilles afin de limiter les déchets, c’est ce qu’on appelle de la « valorisation zéro déchets de la plante ». Cela permet aux agriculteurs et industriels d’exploiter toute leur récolte et d’en tirer les meilleurs bénéfices.

AP : Quels sont vos objectifs sur le long terme avec vos recherches ?

EC : Mon objectif est de déterminer si la valorisation zéro déchets de la plante est possible sur tous les aliments. Selon moi, ce ne sera pas le cas. La valorisation des biomasses existe déjà depuis de nombreuses années, ce n’est pas une invention. En revanche, ce qui m’intéresse, c’est de réduire au maximum son impact environnemental en diminuant la consommation d’eau, d’énergie et le nombre d’étapes avant la transformation. Je souhaite développer des produits finis le plus naturellement possible.

Il y a un autre point important à prendre en compte : le changement climatique. Dans nos travaux, nous devons être vigilant·es à ce que nos innovations durent dans le temps. La difficulté dans mes recherches est donc de comprendre comment traiter une biomasse malgré ces changements ?

Nous souhaitons développer une intelligence artificielle qui permettra justement de s’adapter à ces changements. L’idée serait que l’industriel renseigne la composition du produit et que le logiciel adapte la formulation s’il y a des changements qui apparaissent afin d’obtenir toujours le même produit final.

AP : Que représente pour vous la Fête de la Science ? Avez-vous des anecdotes à partager ?

EC : J’ai déjà participé à la Fête de la science et c’est un événement que j’apprécie beaucoup. Pour moi, la Fête de la Science permet de créer un échange entre les scientifiques et le public. Cet événement permet de répondre aux questions et de mieux expliquer certaines notions scientifiques.

C’est aussi une occasion de susciter des vocations chez les jeunes. Les activités proposées permettent aux enfants et aux adolescent·es de découvrir la science. J’y vois également un moyen d’encourager davantage de jeunes filles à s’orienter vers les carrières scientifiques en leur montrant que ces métiers leur sont pleinement accessibles.

Lors d’une précédente édition, j’ai animé des ateliers auprès d’élèves de troisième sur le thème des plastiques. L’objectif était de prendre conscience de la quantité de plastique utilisée quotidiennement et d’expliquer la différence entre un plastique biosourcé et biodégradable.

Dans un autre atelier, nous leur avons appris à fabriquer du bioplastique à partir du lait. Ils ont ainsi créé des briques de lego en bioplastique et ont pu repartir avec. Dans un second temps, les enfants ont utilisé d’autres bioplastiques en les mettant sous terre, dans des plants de tomates. Le but était de montrer aux enfants ce que veut dire le mot « biodégradable » et de voir sur plusieurs jours comment se dégrade le produit.

Élodie Choque va intervenir pour la Fête de la Science en 2026 à Beaucamps-le-Vieux et Etouvie.

Publié le 25 juin 2026

Elodie Choque.png

Plus d'actualités